Les propositions de M. Kallas, intitulées « de nouveaux horizons pour l'aviation européenne », ont été présentées aujourd'hui, alors que les compagnies aériennes de passagers en Europe peinent à surmonter la crise, à faire face à la concurrence et aux prix du carburant qui grimpent en flèche.
« Le secteur européen de l'aviation a été durement touché par la récession et comme si cela ne suffisait pas, l'aviation mondiale est en pleine mutation », a déclaré M. Kallas qui est chargé des transports à la Commission européenne. « Au cours des 20 prochaines années, la moitié du trafic mondial supplémentaire sera à destination ou en provenance de la région Asie-Pacifique. »
L'association internationale du transport aérien (AITA) prévoit que les compagnies aériennes dans les principaux marchés mondiaux, y compris en Asie et en Amérique du Nord, enregistreront des bénéfices, malgré la hausse des prix du carburant. L'organisation prévoit toutefois que les compagnies aériennes européennes perdront 1,1 milliard de dollars (855 millions d'euros). La région Asie-Pacifique devrait enregistrer les meilleurs résultats avec 2 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros) de recettes.
L'eurodéputé belge Mathieu Grosch, le coordinateur du Parti populaire européen à la commission des transports au Parlement, a salué ces propositions. « Les compagnies aériennes européennes doivent avoir les moyens d'être concurrentielles à l'échelle mondiale », a-t-il affirmé dans une déclaration.
Turbulences sur l'ETS
Lors d'une conférence de presse à Bruxelles, M. Kallas a nié que la bataille qui oppose actuellement la Chine, les États-Unis et l'Inde à l'UE en raison de son système d'échange de quotas d'émission (ETS) porterait atteinte aux accords commerciaux à long terme. Il a affirmé que ces problèmes devraient être réglés au sein de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).
Les accords « Ciel ouvert » de l'UE s'étendent actuellement jusqu'en Amérique du Nord et des négociations sont en cours avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi qu'avec la Turquie, l'Ukraine, et quelques autres pays. La conclusion de ce type d'accord est en cours avec le Brésil et Israël, ce qui facilite l'accès des transporteurs aux aéroports et permet de forger des partenariats avec des compagnies étrangères.
Il n'existe toutefois aucun accord avec les marchés lucratifs et en pleine croissance au Moyen-Orient et en Asie, ni avec la Russie. « Nos compagnies aériennes doivent avoir accès aux nouveaux marchés en pleine croissance et nous devons nous éloigner des anciennes négociations bilatérales », a déclaré M. Kallas qui a appelé à des négociations menées par l'UE et axées sur la conclusion d'accords régionaux.
Il prévoit que des accords sur l'aviation seront conclus avec l'Azerbaïdjan, la Tunisie, la Turquie et l'Ukraine d'ici 2015.
La Commission estime que l'expansion des marchés de l'aviation permettrait de faire gagner 12 milliards d'euros à ce secteur qui en vaut 365 milliards et qui emploie 5,1 millions de personnes.
Un accord commercial plus solide contribuerait aux efforts de l'Europe qui tente d'accroître l'efficacité de ce secteur sur le vieux continent. Le paquet pour de meilleurs aéroports, lancé en décembre 2011, vise à accroître la capacité des aéroports européens en vue la multiplication par deux du nombre de vols prévus pour 2030.
Les pays de l'UE sont en outre supposés intégrer des zones nationales de contrôle du trafic aérien dans les zones régionales pour réduire les temps de vol, un objectif qui devait à l'origine être atteint fin 2012.
Mais ces deux projets continuent de poser problème. Le secteur reste divisé sur la redistribution des créneaux horaires et les acteurs de l'aviation se disent frustrés de la lenteur des progrès sur l'intégration des zones de contrôle du trafic aérien dans les zones régionales dans le cadre de l'initiative ciel unique européen de l'UE.
Points positifs
Malgré la pression économique qui pèse sur les compagnies aériennes, les grands constructeurs d'avions sont submergés de commandes et les prévisions sont bonnes pour les années à venir.
Airbus et Boeing, les géants de l'aviation respectivement en Europe et aux États-Unis, prévoient une hausse de la production dans les 40 prochaines années, encouragée par le nombre croissant de passagers dans les pays émergents et par la nécessité de remplacer les vieux appareils moins efficaces dans les marchés dominants d'Europe et des États-Unis.
L'étude Current Market Outlook, récemment publiée par Boeing, révèle que les compagnies aériennes mondiales auront besoin de 34 000 nouveaux avions d'ici 2031, contre 19 890 aujourd'hui en circulation. Il existe cinq fois plus d'avions de passagers aujourd'hui qu'en 1977. Airbus prévoit que le nombre d'avions de passagers dans le monde passera de 15 500 aujourd'hui à plus de 32 500 d'ici 2031.
La société d'études de marché américaine Forecast International a estimé, dans un rapport publié lors du salon aéronautique de Farnborough, que 14 655 nouveaux grands appareils seraient nécessaires dans les dix ans à venir. Airbus et Boeing se disputent d'ailleurs ce marché.





