OIF Ambassador: 'We are a partner of political mobilisation' on aid policy

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As the European Union embarks on a major revamp of its aid policies to the developing world, the Francophonie organisation believes its close ties with French-speaking African nations can help the Union with "political mobilisation" on development issues.

Pietro Sicuro is permanent representative in Brussels for the International Organisation of La Francophonie (IOF). He was speaking to EurActiv's editor Frédéric Simon and publisher Christophe Leclercq.

This interview is available in French only.

Plusieurs pays possèdent la langue française en commun, en Europe, mais surtout au Sud et en particulier en Afrique. Vous estimez que la francophonie des pays africains est un atout pour la promotion du français dans les milieux européens et coopérez, à ce titre, beaucoup avec les pays ACP. Pouvez-vous nous expliquer cela ?

Dans la plupart des pays africains ou de la francophonie, le français est une deuxième, troisième, voire quatrième langue : c’est le cas, en particulier, de la grande majorité de nos 26 pays européens. C’est donc rarement la langue maternelle.

La meilleure façon que nous avons trouvé de valoriser la langue française, ce n’est pas en jouant aux gendarmes de la langue : ce n’est pas notre approche. Nous considérons plutôt que le français est une langue, qui doit être plus souvent à l’initiative des discussions, des actions, en synthèse, une langue d’influence.

Par exemple, et vous avez parfaitement raison, nous travaillons beaucoup avec le Secrétariat du Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Il compte 79 pays, dont 33 pays francophones. Lorsque l’on travaille sur la coopération Sud-Sud, par exemple, cela permet de mettre en avant toute la stratégie pour la conférence d’Istanbul pour les pays les moins avancés, de travailler sur le Forum sur l’efficacité de l’aide au développement, qui a eu lieu à Busan.

Si le français est à l’initiative, les gens qui parlent français, vont oser le parler, après l’anglais, qui est devenu presque un code social, commun à tous. Les francophones qui organisent seront fondés à parler français et ceux qui ne sont pas francophones natifs, mais qui seront associés, s’exprimeront en français par égard pour eux. Cela permet également de valoriser la pensée et la réflexion francophones, car chaque communauté linguistique a ses propres façons de concevoir, de réfléchir et personne n’a intérêt, que, par le truchement de l’usage d’une seule langue, d’une seule pensée - celle unique - se diffuse, sclérose les débats, stérilise la créativité, qui se nourrit de la diversité.

Si je parle allemand, par exemple, et que je peux lire tout ce qui se pense en allemand sur un sujet comme le développement, c’est beaucoup plus enrichissant que de lire uniquement ce qui est disponible en anglais ou en français, je peux mieux comprendre, car j’ai accès à un autre univers de pensée : le monde est par trop complexe pour être envisager en une seule langue.

Il en va de même pour la francophonie. On doit valoriser la réflexion, les points de vue francophones. Si le français, qui a la chance d’être l’une des premières langues à diffusion internationale, est à l’initiative, les gens auront confiance pour parlerons assurément français : l’expérience le montre.  

Et, cela évite aux locuteurs de se sentir obligés de parler anglais pour ne pas être exclus.

Quelle est la langue dominante pour les politiques de développement, aujourd’hui ?

Pour les politiques de développement, je ne pense pas qu’il y ait une langue dominante, même si l’anglais est, bien sûr, devenu une langue importante dans tous les champs.

Si elle est bien utilisée, la langue de l’aide au développement, devrait être celle qui est la plus proche de la population concernée, ce qui implique souvent plusieurs langues (en Afrique, le français, l’anglais, le portugais, l’espagnol et bien souvent les grandes langues véhiculaires africaines).

Si j’aide à la refondation d’Haïti, par exemple, je ferais mieux de le faire en français plutôt qu’en anglais, dans la mesure où la culture haïtienne est créole francophone. Si j’aide à créer des écoles et que je fais cela en anglais, je serai coupé de la population et en décalage culturel.

Cela s’est-il matérialisé dans le cas d’Haïti, justement ? Les agences françaises ont-elles été plus présentes que les autres ?

Ce n’est pas ce que j’ai dit. Certaines erreurs ont été commises. Les premiers à se mobiliser ont été les Etasuniens, mais ils l’ont fait plutôt en anglais. Idem pour l’Onu : les troupes de maintien de l’ordre, qui ont été envoyées étaient pakistanaises. Étant au contact direct de la population, il aurait peut-être été plus pertinent d’envoyer des troupes francophones. Cela a créé beaucoup de malentendus et de tensions avec la population.

Ce n’est pas un reproche contre les Etasuniens ou l’ONU : ils ont eu raison de se mobiliser dans l’urgence. Mais il faut aussi respecter la culture, l’histoire et la langue des personnes concernées. C’est pourquoi la politique de développement doit être au plus près possible de la population : le mieux serait encore le créole, car la population parle créole.

Le français est une langue importante dans plusieurs pays, comme la Roumanie. Ces pays ont été amenés à négocier en anglais leur adhésion européenne et aujourd’hui, les élites, y compris politiques, parlent l’anglais avant le français. Ne craignez-vous pas qu’une situation similaire s’installe dans les relations entre les pays d’Afrique francophones et l’UE ?

La relation au français dans les pays d’Europe de l’Est est éloignée de celle des pays d’Afrique, où le français est souvent une langue officielle.

Il faut tout de même rester vigilant, continuer d’aider et de montrer qu’en parlant français, on peut intervenir sur la scène internationale. Le français est tout de même une langue reconnue, c’est une des deux langues de travail aux Nations Unies, donc utile dans tous les grands forums internationaux.

Au niveau européen, pour les réunions officielles entre l’Europe et l’Afrique, le français a toujours sa place. On peut par contre s’interroger sur la langue d’un point de vue européen. Même si le français a sa place, les fonctionnaires parlent souvent en anglais, car elle s’est imposée ou l’a été comme un code social de la communauté des experts et fonctionnaires internationaux. Généralement, lorsqu’on est face à des francophones qui s’expriment en français, ceux qui maîtrisent suffisamment le français vont l’utiliser, par politesse.

À propos des politiques de développement, l’OIF collabore-t-elle avec l’Union européenne ?

On travaille avec l’Union européenne en tant que partenaire pour certains projets. On a par exemple aidé la Commission européenne, le secrétariat ACP et le Commonwealth à mettre en place le projet Hub and spokes. Ce projet rassemble des experts dans le cadre d’une vraie coopération Sud-Sud. Un expert béninois au Sénégal va par exemple aider le pays à participer à toutes les négociations commerciales sur la scène internationale et aider à mettre en place une politique commerciale pour les pays africains. C’est un projet prévu de manière concertée entre la Commission européenne, le Groupe ACP, le Commonwealth et l’OIF.

Dans le cadre de la réforme des politiques d’aide au développement au niveau européen, on constate un recentrage très clair. Avec la crise, les fonds vont avoir tendance à diminuer. Voyez-vous ici une opportunité de mieux coordonner vos actions avec l’Union européenne et d’être plus présents ?

Nous travaillons toujours avec l'Union européenne, mais nous ne sommes pas du tout des bailleurs au même niveau. La Commission européenne est l’un des plus grands bailleurs au monde. L’OIF est quant à elle une organisation qui permet de donner résonance aux attentes et aux besoins des pays qui en sont membres. On les aide à se faire entendre auprès des grands bailleurs. C’est l’un de nos mandats ici, à Bruxelles. Vous savez que le secrétariat du Groupe ACP a un rôle particulier à jouer dans la gestion presque conjointe du Fonds européen de développement. Nous travaillons donc beaucoup avec eux, pour que soient pris en compte les besoins de la communauté francophone, et surtout de toute l’Afrique.

Y a-t-il donc plus de synergies potentielles ?

Il existe déjà énormément de synergies, mais on a chacun notre propre rôle. Pour l’Union européenne, l’OIF est un partenaire parmi d’autres. Nous sommes en quelque sorte un partenaire de mobilisation politique. L’OIF rassemble 75 États, parmi lesquels les pays francophones africains, qui sont concernés au premier chef par le développement. Nous avons les moyens, au niveau politique, de coordonner, de relayer, de préparer des actions pour le financement à travers l’Union européenne.

Nous avons des programmes, mais il est évident que nous n’avons pas les budgets de la Commission. Notre travail ne consiste pas à donner de l’argent et à être en concurrence avec l’Union européenne. Par contre, guider l’UE et l’aider sur un terrain qui n’est pas le sien et dans lequel l’OIF a une grande expérience, c’est beaucoup plus facile pour nous. Une partie de notre travail de représentation permanente consiste justement à passer par un interlocuteur que nous connaissons bien, le secrétariat ACP.

Ceci est-il bien perçu par la Commission ?

Bien sûr.

Lors du sommet de Montreux la plupart des pays de la francophonie étaient très bien représentés au plus haut niveau, y compris la France avec le président Sarkozy. Par contre, l’Union européenne n’était pas vraiment représentée. Est-il prévu qu’elle le soit lors du sommet à venir de Kinshasa ?

Lors des deux sommets précédents, le Président Barroso était présent à Bucarest et à Québec. Pour Montreux, il avait avisé six mois à l’avance qu’il ne serait pas là. M. Piebalgs aurait pu venir, en revanche (d’autant plus que l’OIF a financé une part de sa formation en français).

Il revient à la Commission de déléguer son représentant. C’est important pour l’Europe. Le président Barroso et le Commissaire Piebalgs sont invités à Kinshasa, mais il est trop tôt pour savoir qui viendra.

Cela dit, l’organisation n’est pas toujours présente à son plus haut niveau. Mais, si la Commission européenne ne venait pas du tout, il y aurait lieu de s’interroger.

M. Sicuro, ancien directeur de l’Institut de la Francophonie numérique, vous vous êtes beaucoup intéressé à la diversité linguistique sur le Web. Le français vous paraît-il suffisamment représenté sur Internet, malgré l’explosion d’autres langues comme le Chinois ?

Le Français est globalement assez bien représenté. Il est difficile d’avoir des chiffres exacts, mais le français représente entre 4 et 6 % du contenu sur Internet. Ce pourcentage est à peu près le même que le pourcentage de locuteurs français dans le monde. Il y a beaucoup plus de locuteurs hispanophones, mais ils sont moins présents sur Internet.

On ne peut donc pas dire que la langue française boxerait en dessous ou au-dessus de sa catégorie…

Non, elle boxe dans sa catégorie qui est en adéquation avec le nombre de locuteurs d’expression française. Ce qui est important, sur Internet, c’est de comprendre que même si l’on ne parle que de 4 ou 6 %, il s'agit de millions de pages web avec du contenu. Normalement, une personne cherche du contenu dans sa langue.

Si vous allez sur Internet pour vous renseigner sur un sujet, quel qu’il soit, vous allez d’abord faire des recherches dans votre langue, car vous allez interroger le moteur de recherche dans votre langue. Vous devriez trouver ce que vous cherchez. S’il n’y a rien d’intéressant dans votre langue, par contre, et que vous trouvez de meilleurs contenus dans d’autres langues, vous irez vers celle que vous maîtrisez. Il s’agit généralement de l’anglais.

Quelles sont les actions que vous avez promues et continuez à promouvoir pour que ces contenus existent ?

Pour ce qui est des contenus, il s’agit bien sûr d’aider à avoir des contenus en langue française. Mais on ne peut pas avoir de contenu sans accès aux infrastructures. Cet accès relève de la responsabilité nationale, le secteur privé doit les déployer, ou les gouvernements. Cela revient à élaborer des stratégies et des politiques gouvernementales.

L’OIF y a-t-elle contribué d’une manière ou d’une autre ?

Oui, on a beaucoup aidé les pays à développer leurs propres stratégies, leurs propres infrastructures en matière d’infrastructures et de technologie de l’information.

Dans quels pays, par exemple ?

Dans la plupart des pays francophones d’Afrique, au Mali, au Burkina, au Sénégal… On y a joué un rôle de premier plan. Pour nous, ce qui était important, c’était d’abord de s’intéresser à la société de l’information pour ne pas subir ce qui peut être pensé ailleurs. Dès 1995, l’OIF a adopté une résolution sur la société de l’information, c’était la première du genre.

Aujourd’hui, Internet échappe aux gouvernements. La téléphonie, par exemple, est réellement une responsabilité nationale. Le déploiement sur un territoire donné et les liaisons internationales sont réglementés par l’union internationale des télécommunications et les pays. Ce n’est pas le cas de l’Internet. Même le « .fr » pour la France, « .be » pour la Belgique ou des adresses génériques comme « .org » ou « .com » échappent complètement à la responsabilité des gouvernements.

Aujourd’hui, l’Internet dépasse largement le cadre de la souveraineté nationale. Cela appelle donc à des décisions internationales, qu’il s’agisse des adresses, des liaisons ou de tous les grands enjeux.

Des questions comme celle des droits d’auteur ou de la cybersécurité appellent à des décisions internationales. Il faut donc que les francophones, surtout ceux du Sud, fassent entendre leurs voix.

Pour revenir à la question des infrastructures, tout le monde sait qu’elles sont moins performantes au Sud qu’au Nord. Elles risquent de le rester s’il n’existe aucun outil pour assurer la cybersécurité au Sud. Par exemple, lorsque 80 % de la bande passante est utilisée par des spams, cela ralentit encore plus un trafic qui n’est déjà pas à la hauteur des attentes. S’attaquer aux spams n’est pas uniquement une question d’infrastructure. Il s’agit aussi du déploiement de logiciels, de stratégies… Il existe toute une série d’éléments, de la même manière que lorsque le secteur privé déploie des infrastructures comme la fibre optique.

Si le gouvernement n’a pas mis en place une autorité de régulation qui permet des réinvestissements de profit, c’est une erreur. Il n’est pas normal que dans certains pays du sud, certains opérateurs d’infrastructure et de télécommunications fassent des profits faramineux alors que le pays ne bénéficie pas des meilleures infrastructures, dans la mesure où les profits vont à l’étranger.

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