Avec l'essor de l'Internet, le XXIe siècle pourrait assister au renouveau de la diversité linguistique, a expliqué Daniel Prado, un linguiste renommé d'origine franco-argentine.
« Certaines langues peuvent ressusciter, voire renaître », a affirmé M. Prado, ancien directeur à l'Union latine, une organisation intergouvernementale.
« Une nouvelle compétition est née entre les langues ». Cette concurrence est encouragée par une sorte de « prestige » en ligne, a affirmé le célèbre linguiste qui s'est exprimé lors d'un débat organisé par la DLF Bruxelles-Europe, une association qui promeut la langue française dans les cercles européens.
Le mandarin est aujourd'hui la deuxième langue la plus utilisée sur la toile, suivie de l'espagnol, du japonais et du français, a avancé M. Prado.
Le printemps arabe a par ailleurs entraîné un regain d'activité dans les pays du Moyen-Orient, notamment dans les médias sociaux, comme Twitter et Facebook, que les manifestants ont massivement utilisés.
« Certaines langues peuvent reprendre du galon grâce au Web 2.0 », a affirmé M. Prado, citant la printemps arabe en exemple. Le malais, la langue parlée en Malaisie, est la troisième langue la plus utilisée sur Twitter, après l'anglais et le Japonais, a-t-il précisé.
Mais l'Internet peut aussi se révéler dangereux pour les langues, a-t-il admis. En 2005, Google ne reconnaissait pas le hindi, une langue parlée par 300 millions de personnes dans le monde, ou encore le swahili, parlé par 30 millions de personnes.
« La technologie offre un potentiel incroyable aux langues, mais elle comporte également des risques, dans la mesure où à l'heure actuelle seule une infime partie des 6000 langues parlées dans le monde sont présentes dans le cyberespace », a affirmé M. Prado lors de cet évènement organisé au Goethe-Institut à Bruxelles.
50 % des langues auront disparu d'ici 2100
L'analyse de M. Prado s'est inscrite dans des prévisions moroses émises par les Nations unies sur la diversité linguistique. L'UNESCO estimait en novembre de cette année qu'environ la moitié des 6000 langues parlées aujourd'hui dans le monde disparaîtrait d'ici la fin du siècle si rien n'était fait pour les protéger.
Près de la moitié de ces langues sont parlées par moins de 10 000 personnes, ce qui les rend particulièrement vulnérables dans la société mondialisée d'aujourd'hui, où la communication est au centre de tout, a expliqué M. Prado.
D'après l'UNESCO, ce processus n'est toutefois pas inévitable ou irréversible, dans la mesure où des politiques peuvent être mises en oeuvre pour encourager les efforts les locuteurs souhaitant sauvegarder ou revitaliser leur langue maternelle.
L'UNESCO a lancé cette année son programme « Langues en danger » visant à apporter un soutien aux gouvernements et aux communautés locales en matière de politique linguistique. L'initiative phare de ce programme est un Atlas interactif des langues en danger dans le monde qui peut être consulté en ligne.
M. Prado dirige un réseau mondial qui se concentre sur la diversité linguistique en ligne, lancé par le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), qui a eu lieu en 2003 et 2005. Ce réseau, intitulé Maaya, a pour objectif de promouvoir l'apprentissage des langues à un stade précoce à tous les niveaux de l'enseignement partout dans le monde.
Si l'Internet constitue une réelle opportunité pour les langues, la première étape est de s'assurer que tout le monde puisse y avoir accès, ce qui est encore loin d'être le cas, a poursuivi l'éminent linguiste.
Un sommet mondial sur la diversité linguistique devrait être organisé d'ici 2017, a-t-il ajouté.




