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Schengen : le Parlement boycotte les dossiers sur la justice en signe de protestation

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Published 15 June 2012

Les chefs de groupes politiques au Parlement européen ont décidé de suspendre les négociations avec les Etats membres de l'UE sur cinq dossiers majeurs portant sur la justice et les affaires intérieures. Ils ont pris cette décision en protestation contre la révision des règles de Schengen.

Martin Schulz, le président du Parlement européen, a annoncé hier (14 juin) en séance plénière cette décision peu habituelle prise par l'assemblée.

« C'est la première fois qu'en cours de processus législatif, l'une des instances colégislatives exclut l'autre », a déclaré M. Schulz.

Pour rappel, le 7 juin dernier, les ministres européens de la justice et de l'intérieur ont approuvé à l'unanimité de nouvelles règles permettant aux Etats membres de réintroduire des contrôles aux frontières au sein de l'espace Schengen de libre circulation, sans en référer au Parlement.

« L'approche du Conseil Justice et Affaires intérieures du 7 juin est une gifle pour la démocratie parlementaire et est inacceptable pour les représentants, directement élus, des citoyens européens », s'est insurgé M. Schulz.

«  C'est pourquoi la Conférence des présidents a été contrainte de prendre ces mesures sévères. »

Les chefs des groupes politiques du Parlement ont décidé à la majorité de bloquer l'avancée de cinq dossiers majeurs liés à la justice et aux affaires intérieures, dont les amendements au code frontières Schengen, la coopération judiciaire dans les affaires criminelles et le budget 2013 pour la sécurité intérieure.

Cette décision a été prise alors que les négociations avec les autres institutions de l'Union européenne étaient toujours en cours sur la réforme de la gouvernance de Schengen. Ce train de réformes comprend deux dossiers législatifs clés, l'un sur la réintroduction des contrôles aux frontières (rapport Weber) et l'autre sur l'évaluation de Schengen (rapport Coelho).

La plupart des groupes politiques ont fustigé la présidence danoise pour s'être directement attaqué aux valeurs fondamentales de l'UE.

« Je considère donc pour ma part que, depuis le 7 juin au soir, la Présidence danoise n'est plus un interlocuteur crédible », a déclaré Joseph Daul, le président du Parti populaire européen de centre-droit, le plus grand groupe au Parlement.

D'ici au 30 juin à minuit, nous nous adresserons exclusivement soit au Conseil européen, soit de façon informelle à la prochaine Présidence assumée par la République de Chypre », a affirmé M. Daul. 

Positions: 

Cecilia Malmström, la commissaire européenne aux affaires intérieures, a tenté d'apaiser les deux parties et a semblé plutôt pencher vers le Parlement en demandant au Conseil de revoir sa position.

« Je trouve qu'il est sage de la part du Parlement européen de ne pas mettre les rapports Weber et Coelho au programme de la séance plénière de juillet prochain. Je demande au Conseil « Justice et affaires intérieures » de dévouer du temps à la réflexion sur ces deux dossiers et de n'officialiser aucune décision. La Commission européenne est prête à rencontrer les deux institutions pour chercher un terrain d'entente dans le but d'aboutir à un espace Schengen fonctionnel. »

La présidence danoise du Conseil de l'UE a déploré la décision du Parlement. « La présidence pense qu'il est dommage que le Parlement européen ait décidé jeudi de suspendre sa collaboration avec le Conseil sur certains dossiers très importants », a déclaré le ministre de la justice, Morten Bødskov, cité par l'agence de presse danoise Ritzau.

« La présidence danoise du Conseil de l'UE souhaite, au nom du Conseil, collaborer de manière constructive avec le Parlement européen dans tous les domaines », a-t-il ajouté. M. Bødskov a en outre affirmé qu'une coopération fructueuse était dans l'intérêt de tous, surtout en ces temps de crise. Le ministre a assuré que lui-même et les autres ministres danois qui représentent actuellement les Etats membres de l'UE dans les négociations avec le Parlement souhaitaient coopérer avec les eurodéputés dans tous les domaines.

L'eurodéputé Guy Verhofstadt, le leader du groupe des libéraux et démocrates au Parlement (ADLE), a défendu la décision prise par l'assemblée de l'UE, la qualifiant de réponse proportionnée au mépris du Conseil face aux droits du Parlement.

« Le Parlement doit défendre la méthode communautaire et ses prérogatives législatives et ne pas se laisser persécuter et malmener par les Etats membres qui considèrent clairement qu'un contrôle démocratique n'est pas nécessaire. »

Le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement, a qualifié la réaction du Parlement d'hystérique et a accusé les eurodéputés de penser à eux-mêmes avant de penser aux citoyens.

« De nombreux eurodéputés hystériques ont affirmé que la décision des gouvernements nationaux ressemblait à une déclaration de guerre au Parlement », a expliqué Timothy Kirkhope, un eurodéputé britannique qui joue le rôle de porte-parole des CRE pour la justice et les affaires intérieures. « Le Parlement européen a décidé de placer sa gloire avant la sécurité et la sûreté des citoyens européens. »

Next steps: 
  • Juillet 2012 : le Parlement européen votera sur la réforme de la gouvernance de Schengen.
EurActiv.com - translated by Amandine Gillet
Schulz : la décision du Conseil sur Schengen, une claque pour la démocratie parlementaire
Background: 

Aujourd'hui, l'espace Schengen de libre circulation compte 25 membres : 22 pays de l'UE (tous sauf la Bulgarie, la Roumanie, l'Irlande, la Grande-Bretagne et Chypre) et trois pays associés : la Norvège, l'Islande et la Suisse. Le Danemark a signé l'accord de Schengen, mais il s'est gardé le droit de ne pas appliquer certaines mesures.

Suite au printemps arabe de 2011, des tensions diplomatiques se sont fait sentir entre Paris et Rome concernant l'arrivée de réfugiés en provenance de Tunisie. La France et l'Italie ont appelé à une réécriture de l'accord et la Commission a présenté une proposition législative sur une meilleure gestion des frontières.

La situation s'est encore compliquée avec l'arrivée massive d'immigrés clandestins via la frontière gréco-turque.

Dans une lettre commune à la présidence danoise du Conseil de l'UE en avril dernier, les ministres français et allemand de l'intérieur ont demandé que les pouvoirs de la Commission soient transférés aux Etats afin qu'ils puissent rétablir les contrôles aux frontières.

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