Madrid menacerait la politique linguistique du catalan. Ce sentiment a amplifié le mouvement séparatiste. Selon des sondages récents, plus de la moitié des Catalans veulent se séparer de l'Espagne, ce qui représente le plus haut niveau historique.
Si Artur Mas, le président du parti au pouvoir (CiU) en faveur de l'indépendance, remporte plus de 50 % des voix, il obtiendrait un mandat qui lui permettrait de faire pression sur le gouvernement espagnol afin qu'il autorise un référendum sur l'indépendance, ce qui est anticonstitutionnel selon l'administration centrale.
Les relations entre la Catalogne et Madrid sont tendues en raison d'un sentiment de traitement inégal en ces temps de crise économique. Toute nouvelle tentative de « hispaniser » la région suscite davantage d'indignation, à l’instar de Jose Ignacio Wert, le ministre de l'enseignement, qui a indiqué qu’il préconiserait davantage l'espagnol dans les écoles.
« Nous n'avons rien contre l'espagnol. Mais lorsque quelqu'un s'en prend à vous, votre instinct vous pousse à riposter », a déclaré Ricard Domingo, un agent littéraire et membre d'un conseil d'une école publique à Barcelone.
« Melting pot » linguistique
La loi catalane impose que les enseignants, les médecins et les employés du secteur public utilisent le catalan. L'enseignement primaire et secondaire se fait en catalan et l'espagnol est une matière à part. Les entreprises doivent payer une amende si les étiquettes et les indications de leurs produits ne sont pas en catalan.
Toute personne qui s'exprime en espagnol recevra une réponse en espagnol, mais les étrangers qui s'installent en Catalogne affirment qu'ils doivent apprendre la langue locale afin de nouer des contacts. Les hommes politiques et hommes d'affaires catalans parlent de mieux en mieux l'anglais. Ils attribuent leur aisance à leurs origines bilingues.
Madrid explique qu'elle craint que les plus jeunes générations perdent contact avec l'espagnol, ce que les Catalans réfutent.
« Le bilinguisme est tellement ancré en nous que l'espagnol ne disparaîtra jamais, même si nous devenions indépendants », a déclaré Raul Leon, un médecin de 39 ans. M. Leon a fait ses études au cours des années 1980, lorsque le programme d'immersion catalane était en vigueur. Il rédige ses prescriptions médicales dans les deux langues.
Le quotidien La Vanguardia basé à Barcelone, le quatrième le plus distribué en Espagne, a commencé à publier une édition en catalan l'année dernière. L'espagnol reste toutefois la langue dominante dans les kiosques et les librairies ainsi que sur les chaînes télévisées principales.
Le président du club de football de Barcelone, Sandro Rosell, est descendu dans les rues aux côtés de 1,5 million de manifestants afin de célébrer la fête nationale de la Catalogne, la Diada, plus tôt cette année. L'objectif était de faire pression en faveur d'une autonomie politique et financière renforcée, selon Newsweek, un magazine politique américain.
La plupart des manifestants soutenaient une sécession complète.
La montée en puissance du « Barça » en tant que club sportif principal constitue non seulement une source de fierté pour les Catalans, mais exprime aussi des droits de l'Homme.
Réprimé sous Franco, le club est devenu porteur d'une philosophie forte et d'un certain nationalisme catalan.
Jusqu'à présent, M. Rosell a pu faire en sorte que son club ne suive pas le mouvement séparatiste. Il préfère qu'il reste un symbole international plutôt qu'un exécutoire des loyautés tribales.
M. Rosell a toutefois indiqué aux supporters présents lors de la Diada : « Le Barça respectera la décision de la majorité en Catalogne. »




