A new project for Brussels, Europe's capital

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Brussels is the capital of Belgium and the capital of the European Union, both of which are going through severe crises. Foreign EU citizens represent a fifth of Brussels' population and an increasingly large segment of its economy. Yet they are almost absent from its political life. Can this multicultural city be a model of coexistence and integration, asks Alain Deneef, founder of the think-tank Aula Magna.

Alain Deneef founded the think-tank Aula Magna. He is coordinator of the Brussels Citizens' Forum.

"Le ressortissant européen qui se balade à Bruxelles dans le quartier où il habite ou celui où il travaille peut se convaincre facilement qu’il réside dans une ville assez cosmopolite où l’on entend parler toutes les langues de l’Europe et au-delà.

Il aura raison car Bruxelles, en raison de son statut de capitale européenne, mais aussi pour d’autres raisons liées à sa situation géographique, son art de vivre et son caractère ouvert, est une ville où se croisent en effet nombre de gens venus ici avec la ferme intention d’y jouer un rôle à la mesure de leur talent ou d’y vivre des expériences à la mesure de leurs espoirs - pendant le temps d’un séjour dont ils connaissent rarement le terme à l’avance -.

S’il poursuit sa promenade dans d’autres quartiers plus périphériques de cette ville encore provinciale par bien des aspects, il rencontrera des populations bourgeoises ou de classes moyennes parlant très majoritairement le français, qui sont ce qu’on appelle parfois les Belges francophones de souche. Si, d’aventure, il pousse jusqu’aux quartiers centraux, il rencontrera des quartiers ou des rues où une population bruxelloise plutôt jeune, souvent d’ascendance flamande, définit les tendances et où le néerlandais est volontiers parlé aux côtés du français et de l’anglais.

Mais il y a fort à parier que ses pas ne le mèneront que très rarement vers le nord ou l’ouest de la ville. Il y découvrirait pourtant la dernière facette de cette ville qui l’accueille et qu’il aura déjà découverte cosmopolite, provinciale et pourtant branchée : la Bruxelles multiculturelle. Des populations nord-africaine, méditerranéenne, sub-saharienne, mais aussi du grand est européen s’y mélangent comme s’y côtoient les arrivés de la dernière heure venus chercher un avenir meilleur et ceux qui sont nés ici sans l’avoir choisi.

On imagine que la juxtaposition de ces différents groupes de population, belges ou non, francophones ou non, riches ou pauvres et d’inégale importance numérique est une gageure à relever pour la société bruxelloise, ses habitants et leur représentation politique. A cette difficulté typique d’autres villes dans le monde, mais exacerbée dans le cas bruxellois vient s’ajouter la crise du modèle institutionnel belge. Celui-ci est en effet basé sur un certain nombre d’équilibres dépassés par la réalité bruxelloise.

Ainsi, on parlera bientôt plus anglais, berbère ou turc que néerlandais à Bruxelles, ville pourtant officiellement bilingue français-néerlandais. Mais le groupe des Bruxellois flamands jouent a contrario un rôle très au dessus de leur faible présence démographique (- de 10%), puisqu’ils scolarisent 20% de la population scolaire, assurent 30% de l’offre culturelle et, avec l’apport des Flamands de Flandre, représentent 40% de l’activité économique et occupent 50% des emplois.

Ainsi, le groupe bruxellois francophone qui contrôle politiquement la ville-région voit-il sa population s’éroder en termes relatifs, mais aussi absolus, et ne représente-t-il plus que la moitié du total de la population de Bruxelles. L’exode urbain est la cause première du paradoxe qui veut que Bruxelles soit plus francophone que jamais (au sens de la langue véhiculaire comprise par 95% des Bruxellois) alors qu’elle est en voie de métissage culturel sous la pression de populations, européennes ou du reste du monde, dont le fonds anthropologique n’est pas sous-tendu par la culture française.

Ainsi, le groupe des Belges et des non-Belges issus de l’immigration sont-ils en forte expansion démographique et doivent-ils en devenant belges intégrer un modèle politique d’appartenance communautaire basé sur la langue, ce qui est un non-sens quand on sait que la très grande majorité d’entre eux ne parlent ni le français, ni le néerlandais à la maison.

En outre, le groupe des Européens des 27 pays de l’Union représentent-ils 21% des habitants de Bruxelles sans avoir de représentation politique au niveau régional puisqu’ils n’y ont pas le droit de vote. Ceux qui œuvrent directement (fonctionnaires) ou indirectement (lobbyistes, avocats, journalistes, représentants des industries, des régions, des ONG…) à la construction européenne sont dès lors privés du droit d’influer sur la destinée de la ville qui est la capitale d’un ensemble de 500 millions d’habitants pour lesquels ils travaillent…

Les observateurs attentifs et lucides de la réalité bruxelloise sont bien conscients du fait que la cohabitation géographique sur un territoire limité, dans un cadre institutionnel dépassé, de ces différents groupes de population peut déboucher sur la dualisation au sein de la région et, partant, soit sur la gentrification accrue de la ville et l’expulsion des pauvres hors de celle-ci, soit sur des tensions sociales graves qui pourraient effrayer les ressortissants européens et leurs institutions.

Mais les acteurs éclairés et volontaires de cette même réalité sont aussi convaincus qu’à force de courage, d’audace et de tolérance cette situation pourrait aussi déboucher sur une merveille de l’urbanité du XXIe siècle, une ville qui soit aussi heureusement cosmopolite que multiculturelle, qui soit à la fois un centre économique et une capitale administrative multiple, qui soit une entité urbaine pulsante en même temps que le centre d’une région métropolitaine prospère.

Des Bruxellois de toutes origines travaillent depuis des années dans des groupes divers, à objectiver ces phénomènes, à déceler les tendances lourdes qui façonnent Bruxelles, à débattre de l’identité de cette ville, à interpeller le monde politique bruxellois et belge en développant des solutions. Un de ces groupes est un think tank, créé en 2005, Aula Magna.

Après une première édition en 2010, il organise le 3 septembre 2011 une deuxième édition de la Brussels Summer University. Au moment où la Belgique traverse une crise politique sans précédent et où Bruxelles, les citoyens bruxellois ont l’impression que leur voix ne porte plus et que toute initiative est vaine. Pourtant, il est possible, à côté de la voie politique, de développer un réseau d’initiatives citoyennes visant à faire dialoguer ces différentes populations au travers de projets concrets dans des cénacles nouveaux.

C’est pourquoi la Brussels Summer University visera surtout cette année à dégager de nouvelles formes d’action. Elle se penchera sur les initiatives à prendre et les actions à imaginer sur trois thématiques : ‘Comment construire ensemble un projet de ville ?’ ‘Comment réussir la ville interculturelle ?’ et ‘Comment assumer la ville internationale ?’

Ce dernier atelier est particulièrement susceptible d’intéresser les Européens.

Faut-il en rester aux activités associatives classiques du type groupe de réflexion (think-tank) ? Faut-il créer des lieux de rencontre ad hoc ?  Faut-il développer une série de projets thématiques concrets ? Ou faut-il en passer par des méthodes plus nouvelles qu’on qualifie parfois d’intelligence collective ou de démocratie participative ?"

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