OSDD: Life-cycle assessment key to 'sustainable sports'

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Making sport operations and activites environmentally friendly is possible, underlined the director of a French observatory for sport and sustainable development in an interview with EurActiv.

Nathalie Durand is director-general of the French Observatory of Sport and Sustainable Development (Observatoire Sport et Développement Durable; 
OSDD
).

To read a shortened version of this interview in English, please click here. 

Pourriez-vous présenter OSDD et ses objectifs en quelques mots? 

L'OSDD a été créée en novembre 2006, à la suite des 4ème assises nationales du développement durable qui se sont déroulées à Nantes. Notre mission consiste à accompagner et valoriser les pratiques sportives "responsables " et à contribuer au déploiement des démarches Agenda 21 des Nations Unies dans la communauté sportive française et internationale. 

Pour répondre à cet objectif, l'OSDD valorise les acteurs engagés, sensibilise, participe à des groupes de travail nationaux et internationaux et propose des méthodologies opérationnelles pour ancrer le développement durable dans le sport. 

Pour démultiplier son action et favoriser l'ancrage du développement durable auprès des acteurs sportifs, l'OSDD pense qu'il est important de favoriser la collaboration entre tous les acteurs du monde sportif, environnemental et économique. Ces partenariats visent à créer une dynamique d'émulation et à concevoir des outils d'accompagnement et des recommandations spécifiquement adaptées au sport. 

Quel est le rôle du sport dans le développement durable (sport et interactions environnementales, sociales et économiques)? 

Le sport est, à la fois, une activité humaine classique et un formidable instrument éducatif. Acteur de l'aménagement et du développement territorial, le sport a des impacts à la fois environnementaux, sociaux et économiques. A titre d'exemple, une pratique sportive, ce sont des sportifs qui sont encadrés, qui partagent le territoire avec d'autres activités humaines (risques de conflits), qui consomment (articles de sport, alimentation, etc.) qui produisent des déchets, qui viennent s'entraîner en utilisant des moyens de transport (émission de CO2), qui consomment de l'espace (habitat naturel converti en habitat artificiel), etc. 

Le développement durable est une réponse à des problèmes planétaires qui sont en interrelation avec le sport – tels :

  • Santé des sportifs (pollution atmosphérique)
  • sécurité des sportifs (terrorisme)
  • réchauffement climatique (production de gaz à effet de serre par le chauffage des équipements/engins sportifs)
  • économie irresponsable (transferts sportifs)
  • production massive (réponse à la demande incessante de matériel sportif)
  • problème du manque d'eau (utilisée en quantité par piscines, golfs…)

Le développement durable est donc une des solutions pour répondre de manière collégiale à ces défis planétaires. Il est le résultat d'un compromis entre parties prenantes. 

Depuis quand parle-t-on- du sport et du développement durable?

Le Comité International Olympique (CIO) participa au sommet de la terre en 1992 à Rio de Janeiro. L'engagement du mouvement olympique dans la préservation de l'environnement figure dans la charte olympique depuis 1996. Cette recommandation a amené la création de commission sport et environnement dans différentes instances, au CIO, sur le développement durable pour le mouvement olympique.

En 1999, le CIO décida en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (UNEP) la mise en place d'un agenda 21 du mouvement olympique reposant sur les 27 principes de la déclaration de Rio. Ainsi le mouvement olympique préconisait l'application du développement durable à l'ensemble des acteurs sportifs. 

En Europe, cette notion fut portée par des institutions comme le Conseil de l'Europe (CoE) qui a d'ailleurs adopté en 2002 une résolution relative au projet de code pour un développement durable du sport: un partenariat entre le sport et l'environnement. 

Au niveau national en France, les lois qui se réfèrent à ce concept témoignent du "par" le développement durable. Consécutives à la conférence de Rio en 1992, elles sont issues de l'engagement des chefs d'Etat. 

Depuis les années 2000, l'ancrage du développement durable dans le sport en France est devenu significatif. Le Ministère des Sports de la Jeunesse et de la Vie Associative s'engage dans des actions de formation, de concertation, de contrats d'objectifs avec les fédérations sportives, de subventions à des clubs selon une stratégie de développement durable ; Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) a publié L'Agenda 21 du Sport français en faveur du développement durable, et; en même temps, on remarque de nombreuses initiatives du secteur sportif : éco-conception du matériel sportif, organisation de manifestations sportives, pédagogie, équipement sportif. 

Quels types d'action manquent? Que faut-il faire de plus? Qui doit agir et comment? 

Il faut recenser ces actions, mesurer leur efficacité et proposer des actions intégrées et transversales. Les actions environnementales, sociales et économiques restent trop morcelées: la co-décision entre parties prenantes et la question de la durabilité y sont peu souvent abordées. Or, le développement durable implique l'articulation des dimensions environnementales, sociales et économiques et une remise en question permanente du développement sportif en fonction des générations actuelles et futures. 

Sa pratique nécessite des pré requis tel une vision globale du sport comprenant transport, infrastructure et équipement sportive, matériel sportif, manifestations et clubs sportifs, pédagogie ainsi que connaissances des défis du 21e siècle. 

Le "sport durable" engage donc l'ensemble des acteurs, "directs et indirects": entreprises, fédérations, associations, pratiquants, collectivités territoriales à décider ensemble d'un développement sportif qui réponde aux exigences de cohésion sociale et aux aspirations de bien-être des sportifs et non sportifs, de préservation des ressources naturelles et génère une économie dans un partage relativement équitable sur un territoire identifié. 

Pour faire cela, il est nécessaire de s'appuyer sur des méthodes scientifiques et pratiques. L'OSDD a développé par exemple la pensée de l'Analyse du Cycle de Vie (ACV) de l'activité sportive, dont le principe de base est la prise en compte de chaque étape de la pratique pour en évaluer les impacts: transport, infrastructure sportive (aménagement), matériel (extraction, transformation, fin de vie), pédagogie, évaluation de la nuisance subie par les habitants etc.

La pensée de l'ACV de la pratique sportive est accompagnée de grille d’évaluation à la fois de suivi et de résultat dans un but d’amélioration continue. 

L'OSDD a également publié un ouvrage sur les enjeux environnementaux, sociaux et économiques du nautisme au 21ème siècle.  

Que pensez-vous de l'idée et des initiatives de rendre les Jeux Olympiques plus "vert" ("Greening" Olympics)? 

La prise en compte de l'environnement dans l'organisation des Jeux est de plus en plus prégnante depuis les Jeux Olympiques de Sydney (2000). 

Les cahiers des charges des villes hôtes imposent la prise en compte de l'environnement. Cette préoccupation est inévitable pour pérenniser les Jeux et à l'OSDD nous ne pouvons que nous réjouir de la prise en compte de l'environnement pour la construction du village olympique et l'organisation de la manifestation. 

Pour autant, pour une intégration du développement durable dans les Jeux Olympiques, il est nécessaire d'une prise en compte globale de l'événement concernant à la fois la santé et l'intégrité des athlètes, le devenir du village olympique, la pérennisation des emplois, les conditions de travail du personnel, le bien-être individuel et collectif, l'impact sur les populations locales, la pollution, la préservation de la biodiversité et les moyens de financement responsables. 

L'OSDD propose à ce titre une grille d'évaluation adaptée aux événements sportifs et rédige un ouvrage collectif sur les bonnes pratiques. 

Quant au succès de cette idée, les médias locaux, nationaux et internationaux se préoccupent de plus en plus de l'environnement, tout comme le grand public mais cela reste discursif: en effet, même s'il y a de plus en plus d'engouement pour un sport responsable, les Jeux Olympiques représentent avant tout la performance et émotions. 

Quel rôle pour l'Union Européenne et sa politique sportive en formation? 

Le Livre Blanc sur le Sport consacrait une partie au développement durable. L'OSDD a formulé ses premières propositions à la Commission Européenne pour opérationnaliser le plan d'actions Pierre de Coubertin sur le développement durable lors dé la publication du numéro 'Le sport et développement durable' de l'association Sport et citoyenneté. L'OSDD était pour ce numéro-là le partenaire scientifique. 

Nos propositions reposent sur le triptyque "informer, réfléchir, agir". 

Tout d'abord, informer les jeunes générations par une action intitulée "Sport, école et développement durable en Europe". Ici, il s'agît d'utiliser les cours d'éducation physique et sportive (EPS) pour sensibiliser et former les élèves, au développement durable et plus largement dans leur vie quotidienne. Cette action permet la revalorisation des leçons d'EPS et favorise l'interdisciplinarité. La rédaction d'Agendas 21 sportifs dans les établissements scolaires est le point d'orgue de cette démarche. 

Deuxièmement, nous proposons d'informer les acteurs du sport via diffusion de la pratique d'outils opérationnels pour intégrer le développement durable dans leurs activités. Cela ce fait via développement de la formation professionnelle sur cette thématique auprès des sportifs, industriels et responsables politiques sportifs ainsi que via développement de colloques, qui permettent des échanges d'expériences et d'outils. 

Quant à réfléchir, il faut savoir que l'innovation sous l'égide du sport et du développement durable offre des opportunités pour de nouveaux marchés et de nouveaux emplois. Pour cela nous proposons la création d'un centre de recherche européen qui conjugue des chercheurs, des chefs d'entreprises, ONG, associations de consommateurs, mouvement sportif, société civile etc. 

Il faut également agir via promotion d'une politique sportive "durable" par des incitations européennes. Il faudrait notamment promouvoir un réseau d'acteurs européens (entreprises, collectivités territoriales, ONG, universitaires) sur les achats éco-responsables sportifs et économiquement viables, adapter la législation des marchés publics pour favoriser le Développement Durable etc. 

On peut également promouvoir des équipements sportifs conçus comme un maillon d'une chaine trophique inscrite dans un éco-système urbain ou territorial – tel échanges entre bâtiments "producteurs" et bâtiments "consommateurs" comme la piscine olympique biotope de Pascal Gontier. 

En conclusion, la notion de développement durable est un fabuleux outil pour interpeller et accompagner l'évolution du développement sportif. La Commission européenne peut promouvoir l'ancrage du développement durable dans le sport dans la communauté européenne à travers l'éducation, la législation, les financements et le déploiement des démarches Agenda 21 sportif. 

Quel rôle pour les acteurs privés et les entreprises? 

Les acteurs privés ont un rôle à jouer que ce soit par du lobbying auprès des décideurs pour influencer législation, financement et recherche et développement, par une information du public sur les impacts environnementaux, sociaux et économiques du sport et les solutions proposées, par la fabrication et la commercialisation de produits et services sportifs qui prennent en compte à la fois les aspects environnementaux, sociaux et économiques pour conjuguer rentabilité et efficience économique, par la rédaction d'un rapport développement durable qui a un double objectif: aider à la décision et communiquer et par la mise en place de méthodologie scientifique et pratique comme le propose l'OSDD. 

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