‘Poweo’ CEO: ‘France will eventually back down on unbundling’

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Despite its current opposition to the idea, the French government will eventually support ‘ownership unbundling’ in a “diplomatic manoeuvre” designed to protect price regulation, argues Charles Beigbéder, the CEO of Poweo, a firm competing on the French energy market, in an interview with EURACTIV France.

Charles Beigbéder is the CEO of Poweo, a firm competing on the French energy market.

To read a shortened version of this interview in English, please click here.

The below transcript is available in French only.

La France et six autres Etats membres de l’UE se battent pour faire accepter à leurs partenaires européens une alternative à la séparation de propriété des opérateurs historiques d’énergie (ownership unbundling). Que pensez-vous de cette position? 

Nous voulons être logés à la même enseigne que les opérateurs historiques, car nous sommes leurs concurrents. Nous estimons qu’il n’y a pas de raison que ces entreprises bénéficient de cet avantage lié à la propriété des réseaux. Cette situation de monopole naturel n’est pas normale. Il est donc logique que la propriété des réseaux soit sorti du périmètre des opérateurs historiques d’énergie. Que les réseaux soient détenu par l’Etat ou par d’autres opérateurs, peu importe, ce n’est pas le sujet. Mais les opérateurs ne peuvent être à la fois propriétaire du réseau et producteurs. 

Je vais vous exposer un exemple concret qui montre bien les avantages concurrentiels des opérateurs historiques actuellement propriétaires des réseaux de transport d’énergie. En 2005 nous avons attaqué l’Etat français pour non respect de la loi sur les tarifs réglementés. Celle-ci indique en effet que ces tarifs doivent couvrir les coûts complets des opérateurs. Or, selon nous, non seulement les tarifs réglementés ne couvrent pas les coûts complets mais sont en outre des « tarifs prédateurs », c’est-à-dire ne couvrant même pas les coûts variables. 

Le conseil d’Etat a demandé au Conseil de la concurrence en 2006 son avis. Ce dernier a répondu qu’en l’espèce il n’y avait pas prédation parce que les coûts de transport et de stockage auquel doit faire face Gaz de France ne sont pas des couts variables car il s’agit d’un opérateur intégré. En d’autres termes, si cette plainte avait concerné un opérateur non intégré, comme nous, les coûts de transports n’auraient pas été considérés comme des coûts variables. Et donc à ce moment là il y aurait eu prédation. 

Cette situation n’est pas normale. En tant que nouvel entrant nous demandons la séparation patrimoniale totale. 

Pensez-vous qu’un compromis puisse-t-être trouvé sur l’unbundling? 

Difficile à dire, même si des évènements importants ont eu lieu récemment. La chancelière allemande a vu sa position fragilisée par les positions prises par E.ON. Et la résistance des six pays opposés à la séparation patrimoniale est assez fragile. Il n’est en outre pas logique qu’il y ait un régime de faveur sur le gaz (ndlr : comme le souhaite le Parlement européen) alors que c’est au contraire dans ce domaine que les besoins de circulation sont les plus importants. 

Pour la France, je pense que l’unbundling ne serait pas si dramatique, notamment à cause de la fusion GDF Suez. Pour EDF c’est indolore. Il s’agit plus, selon moi, d’une gesticulation diplomatique du pays pour sauver un élément beaucoup plus grave, et qui apparait beaucoup plus important aux yeux des pouvoirs publics français: en l’occurrence les tarifs réglementés. Cela ne m’étonnerait pas du tout qu’à la fin de la Présidence française ou tout début 2009 l’unbundling soit sacrifié sur l’autel du tarif règlementé, en tous cas pour les clients domestiques. 

Les tarifs réglementés domestiques sont acceptables à condition qu’ils soient fixés à un niveau suffisant qui permette d’investir. En revanche pour les clients professionnels, il s’agit d’aides d’Etat caractérisées. Il n’y a absolument aucun doute là-dessus. 

Une loi votée début 2008 en France prévoit désormais une possibilité de retour aux tarifs réglementés en ce qui concerne l’électricité. Pour une entreprise comme la votre qui ne pratique pas ces tarifs, cette loi est négative. Pourtant vous n’y sembliez pas opposés. Pourquoi? 

J’étais même pour. Il est vrai que c’est un peu paradoxal qu’une entreprise comme la notre soit favorable à la possibilité de revenir aux tarifs réglementés, donc chez EDF. Mais il me semble que cette loi peut aider à libérer le marché. Je m’explique. Il y a eu une véritable psychose en juillet 2007, en partie soulevée par les associations de consommateurs et d’autres personnalités politiques hostiles à l’ouverture du marché. Les consommateurs ont pris peur en apprenant que s’ils quittaient les tarifs réglementés d’EDF, ils ne pourraient plus y revenir. Il était important de faire voter cette loi qui permet de revenir aux tarifs réglementés et donc d’enrayer cette peur. Dès lors les consommateurs peuvent s’ouvrir aux autres offres et comprennent qu’il est possible voir souhaitable de rejoindre les nouveaux entrants. 

Peu de clients ont cependant quitté les tarifs réglementés depuis la libéralisation en juillet dernier? 

En France, depuis la loi, les choses s’accélèrent très nettement. Au 2ème semestre 2007 nous étions à 50 nouveaux clients par jour. Aujourd’hui nous sommes à plus de 600. 

L’UE s’est fixé un objectif de 20% de CO2 d’ici 2020. Or la France qui plaide pour l’énergie nucléaire, qu’elle utilise massivement, ne veut pas investir 23% dans les renouvelables, ce que l’oblige à faire le principe de solidarité entre les Etats membres. Qu’en pensez-vous? 

Chacun doit faire des efforts. Cette menace est très importante et unique dans l’histoire de l’humanité. Il faut que tout le monde s’y mette. 

La solution est plurielle. Il faut avant tout faire des économies d’énergie. Il s’agit ensuite de diminuer les émissions de CO2, développer le nucléaire mais aussi les énergies nouvelles et enfin le captage et stockage de CO2. Mais pour cela il faut y mettre le prix et arrêter de dire que l’énergie est un bien comme les autres. 

L’énergie va être de plus en plus chère et c’est tant mieux car cela va inciter les consommateurs à moins consommer. L’important aujourd’hui est qu’il y ait de la concurrence car celle-ci réduit l’écart entre le prix de vente et le coût de production. 

En revanche le coût de production lui va augmenter, c’est évident. Le nucléaire coûte cher, contrairement à ce que l’on dit, tout comme les énergies nouvelles. 

Chez Poweo nous considérons que les énergies nouvelles (éolien, solaire, biomasse, hydraulique) sont fondamentales. Nous nous impliquons dans ce domaine. Dans notre perspective de développement ces énergies représentent 25% de notre capacité de production. Nous croyons également beaucoup aux nouvelles technologies. 

Je pense que l’objectif de 20% de renouvelables est une très bonne chose. Et si la France doit faire plus (23%) tant mieux, c’est une chance. Notre pays a de nombreux atouts en termes géographiques, éoliens, solaires, hydrauliques. C’est bien d’avoir un objectif plus ambitieux que les autres et en plus il se trouve que nos acteurs industriels sont très compétents dans toutes ces technologies. Profitons-en. Au lieu de résister bêtement, considérons que cette contrainte est une opportunité pour prendre des parts de marché, créer des emplois et de la richesse. 

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