Former Bulgarian President: Turkey should join EU

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Turkey should join the European Union and this would bring more benefit to the EU than to Turkey itself, Zhelyu Zhelev, a former president of Bulgaria (1990-1996), told EURACTIV in an exclusive interview. He also criticised Greece for vetoing the start of Macedonia's EU accession talks over the 'name dispute'.

Zhelyu Zhelev ('Jeliou Jelev' in French) is a former dissident and a historian by training.

Last week, he participated in a conference in Paris organised on the occasion of the 20th anniversary of the Round Table.

The Round Table, in which he was a key protagonist, paved the way for Bulgaria's peaceful transition to democracy.

He was speaking to EURACTIV's Georgi Gotev.

To read a shortened version of this interview in English, please click here.

Monsieur le Président, vous êtes le fondateur et le Président du Club Politique des Balkans, une organisation qui réunit beaucoup d’anciens leaders de la région, comme les anciens présidents roumains Emil Constantinescu et Ion Iliescu, l’ancien président turc Süleyman Demirel et beaucoup d’autres. Quel est le bilan de vos activités, quels sont vos projets ?

Le Club Politique des Balkans a été crée il y a exactement 10 ans. Ce mois de mai, nous fêterons notre anniversaire. Pour des raisons de calendrier, nous envisageons de nous réunir vers la mi-juin. Notre organisation compte une soixantaine de membres, notamment les hommes politiques les plus connus des Balkans ainsi que des intellectuels, bien que ceux-ci soient moins nombreux.

Je pense que notre club joue un rôle très important, car nos objectifs principaux sont d’aider à mettre en place l’infrastructure énergétique et de communication dans les Balkans. Vous n’êtes pas sans savoir que notre région est très en retard dans ce domaine. Il n’existe presque pas de capitales reliées par une autoroute. Entre Sofia et Skopje, il n’y a pas de chemin de fer, et il n’y a qu’un tronçon d’autoroute entre Kumanovo et Skopje. Ou prenez Sofia et Belgrade – sur presque la moitie du trajet, il n’y a pas d’autoroute. Pas d’autoroute non plus pour une grande partie du parcours entre Sofia et Bucarest.

Ceci est exact, mais les pays de notre région sont beaucoup plus intéressés par leurs relations avec Bruxelles. Les pays des Balkans Occidentaux souhaitent l’adhésion à l’UE, mais dans le contexte de la crise grecque Bruxelles ne se montre pas pressée d’accélérer le processus. Quel est votre message à ce propos ?

Nous considérons qu’il faut œuvrer pour l’élargissement de l’UE, et ceci d’une façon très courageuse, sans se laisser influencer par cette conjoncture. La Turquie doit rejoindre l’UE. L’Union recevra beaucoup plus de la Turquie que l’inverse.

Nous nous trouvons à  Paris, vous portez l’insigne de la légion d’honneur française sur le revers de votre costume, mais ces paroles ne vont pas faire plaisir au président Sarkozy…

Mais je l’ai critiqué en public pendant une conférence, ce ne sera pas nouveau pour lui. M. Sarkozy et Mme Merkel sont myopes quant à l’élargissement de l’UE. Le grand avenir de l’UE est dans son futur élargissement, qui sera décisif. Au 21eme siècle, nous avons de nouveaux acteurs forts sur la scène internationale. Et l’UE n’est que l’un de ces acteurs.

Mais la Turquie est un très grand pays. Quand la Turquie sera prête à rejoindre l’UE, ce sera le plus grand pays de l'Union…

C’est faux. La France compte près de 60 millions, l’Allemagne près de 80 millions et la Turquie –70 millions. Les craintes que la Turquie fasse ombrage à ces pays, qu’elle détienne plus de membres au Parlement Européen qu’eux, qu’elle impose l’agenda de l’UE, tout ceci est très naïf. Au Parlement Européen, ce qui importe, ce sont les groupes politiques. 

Ne pensez vous pas que s’agissant d’élargissement, il vaut mieux discuter d’abord des Balkans Occidentaux, qui semblent plus proches de l’adhésion, que de la Turquie ? En outre, la Turquie devra trouver une solution au problème chypriote, et apparemment ce ne sera pas pour demain…

Connaissez-vous le problème chypriote ?

Il me semble le connaître.

J’en doute, à vous entendre parler de la sorte. Chypre était jusque dans les années soixante une colonie britannique. Elle l'avait obtenue de l’Etat turc en décomposition à cette époque. Dans cette période, il y avait une entente entre la Turquie, la Grèce et la Grande Bretagne pour donner la possibilité à Chypre de devenir un Etat indépendant. Son président devînt l’archevêque Makarios…

… Mais en 1974 les nationalistes chypriotes grecs cassent le jeu, en essayant d’organiser un coup d’état…

Voila !

Et les Turcs occupent la partie nord de l’île.

Parce que c’est la partie turque, peuplée de Turcs.

Mais beaucoup de chypriotes grecs sont expulsés et les turcs sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui, il ; y a l’armée turque.

Et pourquoi pas ? N’y a-t-il pas une armée grecque de l’autre côté ?

Non, il n’y a pas d’armée grecque. Mais ce que je voulais dire, je vois que vous n’êtes pas d’accord, est que la solution ne semble pas être pour demain. Ma question était de savoir si certains pays des Balkans occidentaux seraient pénalisés par la conjoncture difficile.

Nous insistons pour que tous les pays des Balkans, sans exception, rejoignent l’UE et l’OTAN.

Etes-vous parmi ceux qui apprécient la proposition grecque d’accueillir tous les pays des Balkans occidentaux en 2014 ?

Les Grecs, au contraire, ne cherchent qu’à retarder l’élargissement le plus longtemps possible. Et ils n’osent pas dire qu’ils sont contre l’adhésion de la Turquie.

Et le conflit entre la Macédoine et la Grèce, concernant le nom de la Macédoine ? A qui donnez-vous raison ?

Quelle histoire perverse ! Il est inacceptable que l’Union Européenne décide du nom d’un pays par un vote au sein de l’UE elle-même. Comment un pays peut il déterminer quel sera le nom d’un autre pays ? N’est-ce pas le droit inaliénable du peuple de chaque pays ?

Les Grecs disent que le nom Macédoine est le même que celui de leur province au nord du pays, et y voient une atteinte.

Que le nom coïncide ou pas, quelle importance ?

Mais les problèmes bilatéraux abondent dans les Balkans occidentaux. La Serbie ne reconnaît pas le Kosovo, certains pays de l’UE aussi, et en Albanie l’opposition boycotte le parlement, ce qui ne permet pas d’avancer sur le chemin des réformes. Est-ce une espèce de malédiction pour la région ?  Discutez-vous de tout cela au sein du Club politique des Balkans  ?

Bien sûr. Nous considérons qu'aucune institution internationale n’a le droit de décider du nom d’un pays à la place du pays concerné.

Mais que disent vos amis grecs membres du club ? Il me semble que le premier ministre M. Papandréou est membre ?

Bien sûr, ils sont contre. Ils ne font que chercher des arguments contre l’adhésion de la Macédoine à l’UE. Ceci est dangereux, car cela crée des tensions internes [en Macédoine] entre Albanais et Macédoniens.

Ce sont vos opinions personnelles, qui semblent différentes des positions officielles de la Bulgarie.

Plus que mon opinion personnelle, ceci est l’opinion de la majorité des membres de l’UE.

La transition bulgare a été plus difficile que celle de la plupart des autres pays qui ont rejoint l’UE. Comment expliquez-vous cela ?

Notre héritage communiste était plus dur. L’économie bulgare était en déclin bien avant la chute de Zhivkov. Mais nous ne le savions pas. Ce n’est qu’en 1990 que nous avons appris que le pays avait une dette extérieure de 11 milliards de dollars.

Qu’est ce qui vous rend le plus fier après vos deux mandats comme président ? La paix ethnique ?

Malgré l’héritage de Zhivkov, et je parle de la campagne d’islamisation forcée des années 1980, nous avons su très rapidement contenir la situation et rendre tous les droits à nos concitoyens. Le fait que certains veuillent jouer de nouveau avec la carte ethnique – ils ne réussiront pas, mais ceci nous ramène en arrière.

Qui veut jouer la carte ethnique ?

Prenez Ataka par exemple [le parti nationaliste de tendance extrémiste avec ses 21 sièges dans le parlement de 240 sièges].

Mais Ataka est un partenaire du gouvernement actuel et semble s’aligner sur ses politiques générales…

Ils sont partenaires, mais ceci n’empêche pas l’Occident d’avertir que ces gens-là sont dangereux pour le gouvernement et que si les choses continuent, se sera très mauvais pour le gouvernement aussi.

Quelle est votre appréciation de l’activité du gouvernement ?

Le gouvernement a de graves problèmes devant lui. Il s’appuie sur la lutte contre la criminalité, ce qui est bien en soi, mais ce n’est pas suffisant dans cette situation de crise.

Vous ne voyez pas de stratégie contre la crise de la part du gouvernement de M. Boyko Borissov ?

Je n’en vois pas. Je ne vois pas une politique conséquente, bien formulée et bien expliquée. Tôt ou tard, ceci aura des conséquences très graves pour le gouvernement. Et ce sera très dommage, si cela arrive.

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