Durant: ‘Our first priority is to make the assembly respected’

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The European Parliament can no longer accept orders from EU heads of state and government, Isabelle Durant, a Belgian Green MEP and former minister who was recently appointed vice-president of the assembly, told EURACTIV in an interview.

Isabelle Durant is a Belgian Green MEP, and was recently elected as one of the European Parliament’s fourteen vice-presidents. She previously held the position of transport minister in Belgium (1999-2003) under Guy Verhofstadt’s first government.

The interview is available in French only. For a shortened version in English, please click here.

Vous voilà élue vice-présidente. Vous avez été ministre des transport et vice premier ministre dans le gouvernement Verhofstadt en Belgique. Comment voyez vous ce nouveau rôle ?

Me voilà en effet députée européenne et vice présidente du Parlement européen, en principe la 14e. D’après mes informations, le rang protocolaire des vice-présidents n’est pas déterminant si  l’on a envie de travailler. C’est peut être déterminant pour les choses protocolaires, quand on va serrer les mains mais enfin, je ferai ce que j’ai à faire. Il y a toujours une part de protocole dans une fonction et je l’assume pleinement mais ça n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant.

Quelles sont les premières priorités de ce Parlement européen ?

La première est que le Parlement se fasse respecter, c’est-à-dire que l’on ne nous impose pas un vote sur la présidence de la Commission parce que les chefs d’Etats l’avaient décidé ainsi. 

On a été à la pointe de la bataille déjà bien avant les élections, depuis le mois de mars. Le vote a été remis a septembre, j’espère qu’il sera repoussé à octobre après le 2nd référendum irlandais. 

Je suis d’avis qu’il faut avoir un paquet avec le Haut représentant, avec les commissaires, la présidence du Conseil, qu’on aime ou qu’on aime pas Barroso, et vous connaissez le point de vue des Verts là-dessus. 

Tout le monde s’y retrouvera mieux – les lobbyings divers, les Etats membres… – si l’on fait un paquet, plutôt que de faire la Commission toute seule en septembre et le reste en octobre. 

Nous continuerons le travail là-dessus puisqu’il nous semble important qu’avant qu’il ait plus de pouvoirs grâce au traité de Lisbonne, le Parlement se fasse respecter et ne se laisse pas marcher sur les pieds par le Conseil.

Sur le fond, je pense que tout le paquet énergie/climat et le green deal, par rapport à la conférence de Copenhague à la fin de l’année et à la nouvelle présidence des Etats-Unis, font qu’il y a un certain nombre de positions à prendre pour le Parlement. 

Le paquet énergie parfois ne va pas assez loin à notre goût mais il est quand même bon. L’Union européenne ne marche pas aussi vite que les Verts mais il faut vraiment qu’à Copenhague on puisse jouer un rôle leader, à la recherche d’un accord mondial.

Le G8 a établi des objectifs pour 2050 qui sont peut être ambitieux sur le long terme mais sans échéances intermédiaires. Comment l’Europe peut-elle maintenir son leaderhip sur le court et moyen terme ?

Je ne pense pas que le G8 était le lieu pour ça. Ces G8, 15, 20 c’est toujours du cinéma mais ça oblige les gens à parler entre eux. 

Il est  beaucoup plus légitime d’aborder la substance des objectifs dans le cadre de Copenhague 2009, du GIEC, dans une logique Nations Unies dans laquelle chacun doit prendre sa responsabilité dans les différents groupes de pays que dans le cadre du G8. 

Nous ferrons tout notre possible pour pousser l’Union européenne dans le rôle de leader et dans la recherche du compromis. Ca ne sera évidement pas tout ce que les Verts souhaitent mais il faudra trouver un compromis y compris avec les pays pauvres qui nous ont montré à la dernière conférence à Pozna? leur bonne volonté mais qu’il fallait qu’on les aide aussi. Il va falloir qu’on trouve le point d’équilibre entre l’aide aux pays les plus pauvres et leur soutien à l’effort global. C’est un enjeu de fond et à très court terme puisque décembre c’est demain.

Un autre gros enjeu pour moi qui touche à notre travail de Verts mais aussi à mon travail de vice présidente du PE, c’est la mauvais image qu’a l’UE après les différents « non », la forte abstention aux élections, une Union un peu difficile à comprendre, à 27, qui ne marche pas bien, qui est perçue comme néolibérale… 

Ce n’est pas l’Europe qui est néolibérale, ce sont ceux qui sont élus et les Conseils des ministres qui éventuellement font des choix libéraux ou très libéraux, mais ce n’est pas l’Europe comme telle. 

L’Europe peut être différente, elle nous appartient à chacun. Il faut expliquer ce fonctionnement compliqué des institutions européennes, mais moi qui suis belge je peux dire que les institutions belges sont compliquées. Et ce n’est pas parce que les gens ne les comprennent pas qu’on ne peut pas essayer de leur expliquer. 

De plus, il n’est pas obligatoire de connaître ce qu’est la comitologie ou les conciliations pour être un bon citoyen et garder la proximité avec les gens qui vous élisent.

Votre prédécesseur a initié l’idée des agoras citoyennes. Mais l’une des grandes critiques était qu’il n’y a pas eu de suivi de la part du Parlement qui n’a pas pris note de ce que les organisations de la société civile avaient discuté. Autre critique, l’agora n’était pas encadrée dans une stratégie d’engagement pour la société civile. Comment le PE peut-il changer cette perception ?

Je pense que Gérard [Onesta] a franchi le premier pas. C’est-à-dire ouvrir la discussion avec une série d’acteurs même si ça peut pêcher par certains défauts de suivi ou de caractère structure. 
Je pense que l’outil agora citoyenne est nouveau, il est certainement perceptible, améliorable, y compris sur les aspects de délibération des acteurs. J’ai suivi de près les exercices de sondage délibératifs [Tomorrow’s Europe et Europolis]. 

Il s’agit d’améliorer la technique des agoras citoyennes et la question du suivi. Peut être qu’il faut amener ceux qui viennent dans les agoras citoyennes à la commission des pétitions puisque c’est une pétition collective. 

Il faut réfléchir à une formule qui d’une part valorise le résultat du travail de l’agora, pas seulement dans une séance avec des photographes et de la presse, et qui rende plus structure le rapport avec l’ensemble de ces acteurs des pays de l’UE, du monde social, associatif, culturel, etc. Il faut améliorer l’outil pour qu’il ne se limite pas à une réunion mais il est encore un peu tôt pour imaginer ce qui est possible. Et il faudra aussi affronter les résistances de certains ! Il y a certainement des gens qui ont une vision plus réductrice que moi de la participation des citoyens.

Il y a aussi le traité de Lisbonne qui comporte des articles sur la démocratie participative …

On a plusieurs occasions à saisir : les agoras participatives, le traité de Lisbonne et la prise de conscience collective cette fois ci que le taux de participation aux élections européennes est tellement mauvais qu’on ne peut pas continuer à se dire que tous les cinq ans ça baisse. 

La légitimité démocratique des élus va être de plus en plus faible. On est obligé de faire quelque chose de plus, Lisbonne ou pas Lisbonne et agoras ou pas. Le fait d’avoir deux sièges et faire la navette par exemple est aberrant, et les gens le voient. On peut avoir deux sièges et les spécialiser pour qu’il y ait un travail structurel et permanent. Ca peut paraître comme inefficient mais en même temps il faut que les citoyens européens comprennent que dans une Europe à 27 il faut se rencontrer. Ca consomme beaucoup de temps, ça prend beaucoup de voyages mais c’est indispensable. 

Les agoras citoyennes le montrent aussi. Il ne suffit pas de se parler par Internet, à un moment donné il faut aussi que les gens délibèrent ensemble pour percevoir qu’il y a des différences, des choses qu’on pense en commun… La vraie rencontre est toujours indispensable, que ce soit entre des élus, entre des fonctionnaires, entre des citoyens. Sinon ça reste théorique.

Allez-vous pousser pour une stratégie d’engagement de la société civile ? Jusqu’à maintenant c’était un peu pèle mêle…

On doit le faire. Je ne peux pas dire encore comment mais si on veut donner de la légitimité au travail de ce Parlement c’est aussi dans les relations qu’il aura avec une démocratie plus directe. 

Il n’y a pas de raison que les lobbies puissent entrer ici de tous les côtés pour pouvoir revendiquer dans les domaines les plus multiples et que les partenaires de type associatif ou société civile soient eux contraints d’envoyer un email ou un mémorandum par la poste pour être reçus par un député. Il faut qu’il y ait quelque chose de plus structuré.

On voit bien dans la façon dont le Parlement est entrain de se structurer pour la prochaine législature qu’il va peut être y avoir une grande coalition avec les conservateurs d’un côté et les Verts de l’autre. Est-ce que vous croyez que les Verts vont fonctionner comme des « king makers » au sein du PE ? Commeny voyez-vous la répartition des forces ?

Le fait que Verhofstadt préside le groupe ALDE est très utile. C’est un groupe avec lequel le travail est souvent intéressant sur de nombreux sujets. J’ai réuni Verhofstadt et Dany Cohn Bendit lors d’un dîner et le courant passe bien, y compris sur des questions comme la stratégie Barroso où les positions sont forcément un peu différentes entre eux. Je pense que certaines choses seront plus faciles avec lui car Verhofstadt a une véritable vision européenne. 

C’est très important de pouvoir identifier les acteurs dans les alliances possibles. C’est clair que nous mettons de côté les conservateurs britanniques et les souverainistes eurosceptiques qui seront un peu nos ennemis. 

Les Verts arrivent forts, en nombre augmenté mais aussi en image. On est que 55 et l’image de la victoire colle à Dany [Daniel Cohn-Bendit]. Ca nous donne de la force, ça lui donne de la force. Je pense que c’est un très bon groupe. 

Je n’ai pas suivi d’aussi prêt les groupes précédents mais il y a des personnalités puissantes et ça va donner des choses intéressantes dans les groupes français et allemands mais aussi dans la galaxie des autres. 

Malgré une Europe qui s’est fortement « droitisée » avec le renforcement du PPE, si Lisbonne passe avec plus de codécision ça va être assez passionnant. Si les Verts, ALDE et les socialistes arrivent à faire des alliances intéressantes et utiles soit pour arrêter des projets, soit pour contribuer à des projets positifs il y a peut être des choses qui vont se faire utilement.

Vous croyez qu’il va y avoir une opposition entre pro-européens et eurosceptiques ? 

C’est au cas par cas. Nous allons ignorer les eurosceptiques.

Que pensez-vous de la stratégie de communication de la Commission ? La Commission Barroso a ete la première a se doter d’un commissaire dédié à la communication et aux relations inter-institutionnelles. Il y a eu plusieurs initiatives. De l’extérieur comment avez-vous perçu ces initiatives ?

Franchement de l’extérieur je ne l’ai pas perçue comme étant d’une hyper efficacité. L’initiative était sans doute louable mais politiquement au-delà des outils de communication, comme la Commission a toujours fait le choix de s’aligner – à quelques exceptions près – sur les grand pays, divers lobbys. 

Sur le paquet énergie, la Commission a quand même été ambitieuse mais sur l’industrie automobile, les plans de relance, toute une série de sujets déterminants, la Commission a plutôt joué le rôle de « je ne dérange personne ». 

Mais ça c’est ce qu’on voit de l’extérieur. Probablement que le plan de communication a fait des choses mais ça ne m’a pas paru évident de là où j’étais. C’est pourquoi marquer le poids du Parlement pour l’élection à toute allure du Président de la Commission était important. La Commission joue le rôle inter-gouvernemental, ce qui n’est quand même pas son travail en principe. Elle devrait se projeter hors de ça et elle n’a pas su le faire au moment où on aurait souhaité qu’elle le fasse. 

Le rapport entre les institutions se marque par un rapport politique et c’est cet équilibre là qu’il faut retrouver. Il a trop balancé en direction du Conseil et de la Commission comme presque secrétariat du Conseil et le Parlement essayant d’exister. Il l’a fait plutôt bien sur certains sujets mais aujourd’hui j’espère qu’on peut rééquilibrer ce triptyque. 

Guy Verhofstadt est pressé de voir comment on met des questions dans les programmes pour obliger Barroso ou un autre à dire qu’il n’est pas d’accord, pour montrer qu’il y a d’autres alternatives. Donc on est déjà sur des stratégies plus fines. Il faut qu’il y ait une débat dans les groupes avant qu’il n’aille se vendre en plénière. Il y a beaucoup de choses pour politiser le programme de la Commission. C’est pas une question technique, c’est une question autour de rapports de force politiques. Voilà un programme magnifique pour cinq ans !

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