French govt: Turkey is our partner, like Ukraine and Russia

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On the margins of an Istanbul conference on 11 June, French State Secretary for Europe Pierre Lellouche spelled out in an exclusive interview for EURACTIV his country's vision of the EU's relations with candidate member Turkey, which insists that full membership is the only option.

This interview complements additional coverage of a conference in Istanbul, organised by Institut du Bosphore, a Franco-Turkish think-tank supported by TÜS?AD, the leading Turkish business association. Les Echos and EURACTIV Turkey were media partners at the event.

Pierre Lellouche was speaking to Christophe Leclercq, publisher of euractiv.com.

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Différents personnalités politiques françaises et allemandes ont tenté de développer l’idée d’un partenariat privilégié avec la Turquie. Ce concept ne semble plus vraiment d’actualité, en revanche il reste de nombreux blocages. Les Français et certains autres pays ne semblent pas pouvoir promouvoir le processus d’adhésion auprès de leur opinion. Et les Turcs ne sont pas prêts à envisager autre chose que l’adhésion complète. Qui devrait, selon vous, prendre des initiatives pour rapprocher les pays ?

J’ai tout dit dans le discours que j’ai écrit moi-même, il n'y a donc pas grand-chose à ajouter. J’ai utilisé à plusieurs reprises le mot partenariat, parce que nous sommes dans une évolution dynamique des choses. Depuis un an, avec mon collègue Egemen Ba??? [le ministre des Affaires européennes turc], nous avons déterminé la marche à suivre, elle est d’ailleurs suivie.

Premièrement, nous sommes "d’accord pour ne pas être d’accord" sur le point d’arrivée : la Turquie a son projet qui est l’adhésion et nous en avons un autre, qui est le partenariat. […]

Deuxièmement, cela ne nous empêche pas de souhaiter la poursuite de la négociation parce qu’il est dans l’intérêt de tous d’avoir une Turquie moderne et démocratique, comme l’a d’ailleurs dit le président de la République, Abdullah Gül, ce soir. Se rapprocher de l’Union est leur intérêt, et c’est le nôtre collectivement d’avoir une Turquie qui soit au niveau du reste de l’Europe.

Troisièmement, nous travaillons à développer au maximum nos relations, et sommes dans une évolution dynamique des choses. La Turquie se développe, il y a beaucoup d’événements internationaux… Votre jugement sur le fait que nous sommes dans une impasse est tout à fait excessif, nous ne sommes pas dans l’impasse.

A propos de ce partenariat – dans le passé on disait privilégié, maintenant on dit stratégique…

Ce n’est pas le sujet. Pour l’instant nous travaillons avec nos amis Turcs dans beaucoup de domaines et sur les questions stratégiques, politiques, diplomatiques… Je n’ai pas franchement l’impression qu’il y ait une cassure. J’ai été très intéressé de voir que – contrairement a ce qu’on raconte à Washington ou ailleurs sur le thème ‘La Turquie est perdue’ – M. Gül a très intelligemment dit qu’il était normal que la Turquie s’intéresse à sa région, de la même façon que la Pologne s’intéresse beaucoup à l’Ukraine et à la Moldavie. 

J’ai dit – en essayant d’être assez caustique d’ailleurs – "Ah bon, on a perdu la Turquie ? Qui a perdu la Turquie ?" La Turquie n’est pas perdue, la Turquie a une politique conforme à ses intérêts nationaux. Pour des raisons historiques évidentes liées à sa longue expérience de l’Asie centrale, et du Caucase, elle est bien plus présente que personne d’autre dans les Balkans, notamment en Bosnie. C’est bien, nous travaillons avec elle. L’idée que l'Europe est en train de perdre la Turquie est une erreur. Ce pays a un pied en Europe et un autre au Proche-Orient.

L’une des réticences du gouvernement et l’opinion publique français vis-à-vis de la Turquie semble liée des questions de différence "culturelles". Le problème se pose tout à fait différemment concernant l’Ukraine dont l’identité européenne n’est pas en cause. Les solutions que l'UE va trouver pour l'Ukraine ne seraient-elles pas pertinentes également pour la Turquie ?

Dans mon discours, j’ai exposé la vision du président de la République – que je partage – et qui, je le crois, est la bonne. Du temps du Général de Gaulle, on appelait ça l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, de Brest à Brest […] Je crois vraiment que l’avenir de l’exercice que nous menons tous ensemble est de fabriquer une union continentale dans laquelle il y aura un ensemble à 27, probablement élargi aux Balkans de l’Ouest. Quand ils auront effectivement dépassé certains problèmes politiques, la Russie, la Turquie évidemment, et demain l’Ukraine, avec son énorme potentiel, seront de grands pôles de puissance à coté.

Il est intéressant d’imaginer cet ensemble-là, et pas nécessairement de rester dans le schéma où l’on coche des cases, chapitre par chapitre, en finissant par dire que "tel pays est mûr pour entrer dans la famille".

Les relations que nous avons avec la Turquie sont, à bien des égards, beaucoup plus importantes sur le plan stratégique que celles que nous pouvons avoir avec tel ou tel autre pays d’Europe de taille comparable.

Pour l’Ukraine, vous n'envisagez pas une adhésion à l’Union européenne mais plutôt à cette union à l’échelle continentale ?

Je crois que personne aujourd’hui ne pose la question de l’adhésion de l'Ukraine à l’Union. [Mais cette perspective] est très importante pour la modernisation interne du pays. Un peu comme en Turquie où je crois que c'est un moteur de modernisation et de démocratisation, pour mettre en place un meilleur système politique. Nous essayons de travailler avec eux pour ça. […]

Mais pour rendre les réformes en Ukraine attractives, il leur faut un but…

Il y a une perspective de rapprochement européen qui n’est pas nécessairement celle de l’adhésion. Encore une fois, l’Europe a tellement de problèmes à régler, franchement […] la priorité absolue est d’essayer de mettre la maison en ordre et de faire marcher les institutions qui viennent juste d’entrer en vigueur.

Le but de la machine européenne n’est quand même pas uniquement l’élargissement. L’Europe n’a pas été construite pour s’élargir mais pour faire la paix et [garantir] la stabilité. Il peut y avoir des modèles un peu différents, nous ne sommes pas obligés d’avoir une espèce de vision de l’histoire figée dans les années 1980 ou 1990.

Vingt ans se sont écoulés, il y a tout un processus politique et historique à gérer, il faudra trouver des coopérations renforcées, des cercles différents pour l’immigration, la monnaie, l’économie, la défense. Nous pouvons donc parfaitement imaginer que tel pays soit très proche de la famille et ne soit pas aussi intégré que les six pays fondateurs au départ.

Avec le système "d'opt out" on voit bien que la vérité du fonctionnement de l’Union aujourd’hui n’est pas nécessairement [d'être] tous dans le "menu unique". Certains pays disent "C’est important pour moi que vous réussissiez, mais je n’ai pas envie d’y participer". L’Europe doit garder ses différences.

La situation de la Russie semble aller dans le sens de votre démonstration. Ce pays ne souhaite pas adhérer à l’Union européenne et ne changera probablement pas d’avis, même s'il s'imagine de plus en plus comme un pays européen…

Je dois me rendre en Russie prochainement. C’est une dimension très intéressante du débat à l’intérieur du pays. Nous le regardons de très prés et venons l'encourager, bien sûr. Mais ils ont un débat là-dessus…

Pour l’instant les propositions russes de grande coopération à l’échelle européenne portent sur le domaine de la sécurité, ce qui ne semble pas souhaité par les pays de l’OTAN. Pourrait-on leur proposer une coopération économique ?

Nous sommes ouverts à cette grande zone de sécurité, le président de la République l’a dit, et nous y travaillons. J’ai en ce moment des contacts tout à fait réguliers avec eux. Le premier ministre Vladimir Poutine était à Paris il y a quelques jours et le sujet a été évoqué.

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