Giscard: Europe needs a people’s congress

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EU leaders are too focused on the short term of upcoming elections and lack a strategic vision to give new impetus to European integration and better connect with citizens, said Valéry Giscard d'Estaing in an interview with EURACTIV.

Valéry Giscard d'Estaing is former president of France and was president of the Convention on the Future of the European Union, which drafted the Treaty establishing a Constitution for Europe.

He was speaking to Daniela Vincenti-Mitchener on the margins of a conference on 'Revitalising the European Dream' organised by French business school INSEAD and the European Executive Council (EEC), representing CEOs and top executives.

To read a shortened version of this interview in English, please click here.

Monsieur le Président, croyez-vous que nos leaders politiques aient une  vision stratégique pour l’Europe?

Réponse : Non. Il n’y en a pas et c’est malheureux, car dans le traité de Maastricht il y avait l’annonce d’une vision stratégique. On visait une Union toujours plus étroite et on n’excluait pas une politique étrangère et de sécurité commune. Cela fait 20 ans. Ca reste un objectif et il faudrait qu’on se rapproche de cet objectif et il faudrait notamment que le Président du Conseil rappelle aux leaders européens que c’est un objectif de l’Union.

Est-on trop préoccupés par le court terme ?

Oui. C’est curieux, mais c’est comme ca. Voyez-vous, nos pères fondateurs avaient la guerre en tête. Maintenant, non. C’est complètement oublié. Les carrières se font via des élections nationales et dans celles-ci, les enjeux européens sont très peu présents. Regardez par exemple les plateformes des partis politiques français ou autre, il n’y a pas de débats sur les enjeux européens et cela contribue à l'absence d’une vision stratégique européenne.

Que faut-il faire pour retrouver cette dimension stratégique, à part demander au Président Van Rompuy de rappeler à l’ordre les leaders européens ?

Moi, je souhaiterais que le Président organise – nous l’avons fait déjà une fois – un Congrès du peuple d’Europe. Il faut renouer le contact avec le peuple et là on créera l’événement, et vous verrez que l’opinion sera favorable, car à l’heure actuelle il n’y a pas d’espace public européen.

Dans les grands pays très peuplés, comme les Etats-Unis et la Chine, vous avez des Congrès. En Chine, au mois de mars, tous les ans, vous avez un Congrès avec des milliers de délégués qui écoutent le discours du premier ministre et discutent de ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Ici, en Europe, non. C’est uniquement le Parlement européen. Or, le Parlement européen n’est pas directement en contact avec le milieu politique des Etats : c’est un milieu européen en fait.

Il faudrait donc faire un congrès une fois par an – je crois que je suis raisonnable — avec les députés européens et deux fois plus de députés nationaux choisis selon les mêmes critères de représentation.

Le président du Conseil en exercice et/ou le président de la Commission irai(en)t présenter le rapport sur l’état de l’Union, sa politique et sa gestion. Ainsi, les citoyens découvriraient qu’ils sont les citoyens d’une Union européenne, écouteraient les débats fortement médiatisés dont ils pourraient facilement identifier les enjeux.

Je crois que pour le Président du conseil européen c'est une tâche prioritaire après le renouvellement de son mandat.

Il faut rendre au peuple son souffle européen et reprendre pour cela le projet de réunir le congrès des peuples d’Europe.

Faut-il modifier les traités pour cela ?

Non. Mais on peut proposer dans ce contexte de modifier les traités. Car d’autre part, cela fournira une enceinte pour parler de la désignation des futurs dirigeants européens, car pour l’instant, il n’y a pas d’enceinte politique.

L’idée que le président est élu uniquement par les membres du Conseil européen n’est pas très raisonnable. Prenez tous les autres pays, la désignation du président est une procédure longue, un peu sophistiquée.

Donc cela serait l’enceinte où par la suite, on choisirait les futurs dirigeants européens.

Et alors, on peut espérer qu’il apparaisse une génération de nouveaux fondateurs, c'est-à-dire des hommes et des femmes entre 30 et 45 ans, dotés d’une volonté politique commune. Il faut qu’ils imaginent que leur carrière sera de plus en plus dans le cadre de l’Europe.

Au sujet de la Commission : vous êtes promoteur d’une restructuration de la Commission. Laquelle ?

Absolument. Je suis en faveur d’une restructuration forte. Et finalement c’est celle qu’on avait proposée à la Convention européenne et qui avait été acceptée. C'est-à-dire une Commission aux alentours de 13 membres. Il y a semble-t-il 13 fonctions.

Jacques Delors en avait proposé moins : Il avait dit neuf, je crois. Il faut regarder le nombre de fonctions. Tous les pays ne seront pas présents mais ce n’est pas un problème : il n’ont pas besoin d’être représentés à la Commission, car ils sont représentés au Conseil.

Il faut un système de rotation pour que tous les pays participent au système, de façon à ne pas augmenter le nombre de membres de la Commission s’il y a des nouveaux membres de l’Union.

Il faut une Commission réduite, une Commission européenne : c'est-à-dire que les membres doivent oublier leur nationalité. Ils sont les commissaires de l’Union européenne.

Nous avons besoin de personnalités compétentes. Nous ne pouvons pas diriger un continent de 500 millions de personnes avec les problèmes auxquels nous sommes confrontés avec des personnalités qui ne sont pas choisies pour leurs compétences.

En termes d’intégration, est-ce que l’Europe doit continuer à s’élargir ?

L’Europe est déjà trop grande. On n’avait pas beaucoup le choix car l’élargissement à plus de 10 pays a été la conséquence du démantèlement de l’Union soviétique. On ne peut pas accueillir d’autres pays sans une structure politique adaptée.

Quelle serait donc cette structure politique adaptée ?

Il faut premièrement des meetings plus réguliers du Conseil européen — un par mois. Et surtout des leaders européens qui interviendraient moins dans l’intérêt de leur pays et plus dans l’intérêt du débat européen.

Question française : Qu’attendez-vous pour l’année prochaine des élections en France ?

J’attends que les Français soient raisonnables. Je voudrais que le sujet européen soit abordé dans les débats nationaux. Pensez que la France n’a toujours pas ratifié le traité sur les symboles de l’Union. Tous les pays voisins l’ont fait.

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