Moïsi: ‘Czech President will not change his mind’ on EU Treaty

Dominique_Moisi_big.jpg

The eurosceptic Czech and Polish presidents will not complete the final stage of the treaty’s ratification following Ireland’s ‘no’ to the text and EU leaders should not count on the present French EU Presidency’s efforts to save the Treaty, Dominique Moïsi, founder of the French Institute of International Affairs (IFRI) told EURACTIV in an interview.

Dominique Moïsi is founder of the French Institute of International Affairs (IFRI) and chief editor of the quarterly “Politique Etrangère”. 

To read a shortened version of this interview, in French only, please click here.

A votre avis, est-ce que le référendum en Irlande est vraiment très grave pour l’Europe et pour le commun des mortels? 

Oui. Je crois que ce qui est grave dans cette affaire, c’est non seulement que ce soit le troisième référendum négatif, après la France et les Pays-Bas, mais que ce soit un ‘non’ qui vienne de l’Irlande. Car c’est le pays qui a le plus bénéficié au cours des deux dernières décennies de son entrée dans l’Union Européenne. 

D’où je dirais que c’est grave et que ça traduit un profond divorce entre et les citoyens de l’Europe et l’Union Européenne. 

Est-ce que cela veut dire que l’Europe aura du mal à se consolider, qu’elle restera faible sur le plan international, face à une Russie qui devient de plus en plus puissante économiquement mais aussi psychologiquement? 

Disons que le 12 juin 2008 constitue un signal d’avertissement pour l’Europe. 

Est-ce que les élections européennes en juin doivent nécessairement précipiter une pression sur l’Irlande pour qu’elle se prononce une nouvelle fois ? 

Je crois que toute pression sur l’Irlande aujourd’hui risquerait d’être négative. Il faut un effort d’éducation, de pédagogie Européenne, de retour en arrière. Mais pas de pression, ni de condamnation éthique, qui ne pourraient qu’irriter davantage les Irlandais et favoriser une forme de populisme. 

Craignez-vous que le président Sarkozy ne soit pas suffisamment diplomatique? 

Disons que le voyage qu’il a effectué (le 21 juin) s’est plutôt bien passé, il a mis beaucoup d’eau dans son vin. 

Pourtant la présidence française reste ambitieuse, et il y a des dossiers qui peuvent fâcher les Irlandais… Notamment il y a ‘l’Europe de la défense’ que souhaite Sarkozy. Faudrait-il laisser cela au congélateur? 

Je ne sais pas. Je crois que d’un côté il y a l’ambition de l’Europe de la défense qui est légitime, qui est nécessaire. De l’autre il y a la réalité. Et la réalité c’est que, en dehors de la France et de la Grande Bretagne et peut-être, un petit peu plus loin derrière, de l’Allemagne, aucun pays Européen n’est vraiment enthousiaste à l’idée de consacrer plus d’argent à la défense au moment où la crise économique s’aggrave et où les citoyens sont confrontés au problème du pouvoir d’achat. 

Donc mettre l’accent sur la défense c’est bien, mais ça ne suscitera pas beaucoup d’enthousiasme dans l’ensemble de l’Europe des 27. 

A votre avis les positions polonaises ou tchèques, ou plutôt des présidents de ces deux pays, qui sont pour l’instant réticents quant au Traite de Lisbonne, vont elles évoluer? 

Je ne le pense pas. Je crois que le président tchèque ne changera pas d’avis. Il est déterminé dans son euroscepticisme. La situation polonaise est un peu plus complexe, mais même si la majorité des polonais est très favorable à l’Europe et à l’Union, je ne suis pas sûr qu’ils seraient prêts à voter massivement en faveur de l’Union Européenne  s’il y avait un referendum. Donc je crois que l’opposition du président tchèque et du président polonais va persister. 

Dans ce cas le Traité de Lisbonne ne sera pas appliqué, est-ce qu’à votre avis ce sera très grave pour l’Europe? 

Je dirais que l’Europe peut vivre sans le Traité de Lisbonne mais elle vivra incontestablement beaucoup moins bien avec une présidence tournante, sans incarnation en matière de politique étrangère.

Donc, le rôle de l’Europe en tant qu’acteur sur le plan international s’est affaibli brutalement au cours des dernières semaines. 

Est-ce que l’Europe peut être un modèle pour le reste du monde si elle n’est plus un acteur? 

C’est une question que l’on peut se poser. Je pense que l’Europe est faible toute seule, par elle-même. Elle n’a besoin d’encouragement de personne à l’extérieur. 

Dans l’action Européenne il y a quand-même des éléments importants comme les efforts contre le réchauffement climatique en particulier. Est-ce que vous êtes optimiste pour l’avenir avec une nouvelle administration Américaine? 

Je pense que l’Amérique a déjà changé sous Bush, en particulier lors du deuxième mandat de Bush. Et les considérations écologiques seront encore plus importantes si Obama ou même si Mc Cain arrivent au pouvoir. C’est une question, comme diraient les anglais, “d’awareness”, de prise en compte, de réalisation qu’il y a bien un changement climatique et que ça doit être une priorité de s’y opposer. 

Donc vous êtes plutôt optimiste que l’Europe et les Etats-Unis vont améliorer leurs relations et avancer ensemble? 

Oui, sur ces questions, absolument. Ca dépendra effectivement du prochain président américain. Une victoire d’Obama serait perçue très positivement en Europe, même si elle ne résoudra pas tous les problèmes, et même si elle peut créer des problèmes nouveaux en matière de commerce. 

Les Etats-Unis poussent traditionellement l’UE à adopter la Turquie, est-ce que vous pensez que ce sera un thème important dans le moyen terme. Est-ce que la Turquie pourra se rapprocher d’une manière plus décisive vers l’adhésion ? 

Les oppositions en Europe et en particulier dans mon pays, la France, sont très grandes, donc je ne suis pas sûr qu’il y ait la possibilité d’un vrai compromis sur cette question. Néanmoins c’est un sujet important qu’il faut garder ouvert mais sans se faire trop d’illusions sur la possibilité de solutions à court terme. 

Dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, est-ce qu’il se passe des choses dont nous ne sommes pas très conscients ? On n’en parle pas beaucoup d’ailleurs dernièrement. 

On en parle que quand il y a un attentat, donc dieu merci on n’en parle pas beaucoup. 

Je crois que l’Occident a marqué des points sérieux dans la lutte contre le terrorisme, et a connu des échecs réels, en particulier en Afghanistan et au Pakistan. Al-Qaïda est affaibli, mais des sanctuaires terroristes sont reconstitués au Pakistan et en Afghanistan. A priori, je crois que la coopération en matière de terrorisme a été bonne entre Européens et Américains. 

En général les nouveaux pays membres de l’Union Européenne de l’Est, ont-ils aidé ou rendu la tâche plus difficile, d’une meilleure entente entre Bruxelles et Washington ? 

Ils ont eu un regard dans l’ensemble plus orienté vers Washington que vers Bruxelles. Mais je crois que ce serait très injuste de dire qu’ils sont à l’origine du problème. 

Les tensions sont nées d’une multitude de sources, dont la principale a été le comportement de l’administration Bush lors de son premier mandat. 

Est-ce que vous pensez que l’Europe s’est beaucoup trop élargie et que peut-être certains des problèmes aujourd’hui, notamment le ‘non’ irlandais, pourrait d’une certaine mesure provenir d’un sentiment qu’on est allé trop loin ? 

Je dirais que l’Europe s’est élargie trop tard au niveau des émotions – trop tard, c’est-à-dire trop longtemps après la chute du mur de Berlin – et trop tôt au niveau des institutions, c’est-à-dire à un moment où on n’avait pas progressé dans l’approfondissement de l’Europe. Donc trop tôt et trop tard à la fois. 

Etes vous optimiste qu’une solution sera trouvée pour l’adhésion de la Croatie qui a bien avancé sur les différents chapitres de négociations avec l’UE mais qui maintenant se trouve dans une situation bien particulière, vu qu’institutionnellement, elle ne peut pas devenir membre sous le Traité de Nice?

Je pense que si l’Europe n’arrive pas à trouver de solutions pour la Croatie, elle n’en trouvera pas pour la Serbie. Et il faut quand même récompenser la Serbie pour l’arrestation de Karadzic, donc je crois qu’on doit faire preuve de bon sens et d’ouverture d’esprit. 

Et le Président Sarkozy qui dit ‘sans Traité de Lisbonne, pas d’élargissement’?

Il sera le premier à mener l’Europe dans cette direction pour être suivi par les Tchèques sur la ratification du Traité. Mais ce serait un échec de mener une sorte de chantage de mettre fin à l’élargissement, suite à la non-ratification du Traité de Lisbonne. On ne fera pas ratifier le Traité et on coupera l’Europe de sa carte principale qui est celle de l’élargissement. 

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribute