Almeida: ‘EEAS will take on board the best and the brightest’

What EU foreign policy chief Catherine Ashton's team wants is the possibility to recruit the best civil servants from the European Commission, the Council and national diplomatic services, João Vale de Almeida, director-general for external relations at the European Commission, told EURACTIV in an exclusive interview.

Until recently João Vale de Almeida was head of cabinet for European Commission President José Manuel Barroso. He will soon take up his new position as EU ambassador to Washington.

He was speaking to Georgi Gotev and Daniela Vincenti-Mitchener.

To read a shortened version of this interview in English, please click here.

M. Vale de Almeida, vous faites partie d'un groupe de 13 personnes qui aide la commissaire Ashton à mettre en place le Service européen d’Action extérieure. De quelle façon se passent les travaux: quels genres de consultation ont lieu, comment êtes vous en contact avec les Etats membres, avec les institutions européennes?

Tout d'abord, tout ceci est piloté directement par Mme Ashton. La Haute Représentante mène le jeu, c'est elle qui est responsable de la proposition qu'elle a présentée. Ces derniers mois, depuis sa prise de fonctions,  elle mène les opérations directement. Sa proposition est le résultat de ce travail.

Pour l'aider, elle a constitué un groupe de haut niveau dont je fais partie, avec des représentants de la Commission, du Conseil, et des Etats membres et à partir d’un certain moment il y avait aussi un observateur du Parlement. Ce groupe s'est réuni plusieurs fois et a été très utile pour aider Mme Ashton à mieux comprendre les problèmes et à trouver les bonnes solutions. En parallèle, elle a directement eu, ou ses représentants ont eu, des discussions très détaillées avec le COREPER et ses ambassadeurs en séance restreinte. Ce qui nous a permis de mieux comprendre les positions des Etats membres. 

Au sein de la Commission, il y a un groupe de chefs de cabinets et de directeurs généraux qui se réunit régulièrement pour faire le dialogue à l'intérieur de l'exécutif de l'UE.  Le dossier a été discuté en réunion du Collège à plusieurs reprises.

Enfin, Mme Ashton a également eu plusieurs réunions avec les parlementaires, soit en petit groupe, soit avec la Commission AFET, ou en plénière, via également des contacts individuels pour ausculter la position du Parlement.

En plus de cela, elle a eu des débats avec les ministres des Affaires étrangères, à Cordoba et ici en réunion formelle. Il y a aussi eu un débat conjoint avec le Conseil Affaires générales et des débats avec les ministres des Affaires européennes.

Tout au long des trois derniers mois, nous avons eu une activité très intense pour pouvoir aboutir à la proposition de décision qu'elle vient de faire.

En parallèle de cela nous avons travaillé au sein de la Commission mais aussi avec les Etats membres pour aider la Commission à faire des propositions sur les changements du statut du personnel et le changement du règlement financier qui sont nécessaires pour que le service puisse voir le jour. Et donc nous avons fini la première étape, c'est-à-dire que l'on a mis sur la table les trois documents les plus importants pour la constitution de ce service. Le document qui manque encore, c'est la traduction budgétaire de toutes ces idées, notamment sous forme d'un budget rectificatif pour 2010, de façon à permettre de doter le service des moyens qui sont nécessaires pour son décollage.

Mais cette proposition qui est sur la table a été assez rapidement rejetée par les parlementaires, notamment les co-rapporteurs Guy Verhofstadt et Elmar Brok, qui ont fait un certain nombre d'observations. L'une en particulier porte sur cette "araignée française", ce secrétaire général. Seul un énarque français semble capable de faire cet énorme travail de coordination dans un schéma apparemment venu de l'Elysée. Donc il y a un problème car le Parlement n'est pas d'accord. De quelle façon envisagez-vous de poursuivre les négociations ?

Nous respectons beaucoup les opinions et les positions du Parlement. Ils ont tout à fait le droit d'exprimer leurs idées, c'est normal que le Parlement réagisse à la proposition de Mme Ashton. Ces réactions étaient attendues, elles sont importantes et nécessaires pour continuer les négociations. Depuis lors, une discussion formelle a été entamée avec le Parlement européen.

Mais ces réactions sont négatives. Comment y répondez-vous ?

Nous allons écouter les positions du Parlement, et discuter avec les parlementaires, la consultation du PE fait partie intégrante de ce processus. Mais, je ne suis pas d'accord avec vous sur l'idée que l'organigramme est inspiré par une capitale. D'abord, c'est la responsabilité unique de Mme  Ashton d'avoir lancé cette idée, qui n'est pas encore l'organigramme définitif et détaillé. Elle l'a souhaité sur cette base pour avoir un échange de vues.

Je respecte le débat sur la question du secrétaire général. Je crois que derrière l'idée de Mme Ashton, il y a celle de dire qu'il faut qu'il y ait une responsabilité clairement identifiée. Le service doit avoir des responsables pour qu'on puisse rendre des comptes. Et elle a besoin d'un service qui marche, ce qui implique des responsabilités claires.

La question de la manière dont seront organisées ces responsabilités fait débat avec le Parlement, qui apparemment a d'autres idées. Nous allons considérer tout cela. Mais derrière la proposition de Mme Ashton, traduite dans le projet de décision, il y a la préoccupation de rendre ce service efficace. Nous voulons un service qui marche, qui correspond aux attentes, ce ne sera pas facile, d'où l'importance de se doter de la meilleure structure pour pouvoir produire des résultats. C'est ça la préoccupation de Mme Ashton. 

Vous rejetez l'idée que les Etats membres soient à l'origine du brouillon initial ?

Absolument. C'est le résultat des consultations larges réalisées, mais c'est une proposition de Mme Ashton.

Les Etats membres sont en contact avec vous. Ils souhaitent avoir une emprise sur le futur service pour pouvoir placer leurs représentants. Le temps est il venu de parler de noms qui circulent ? Et de quelle façon voyez-vous un service extérieur qui marche alors qu'on imagine que des pays comme la France et l’Allemagne craignent de perdre une certaine partie de leurs prérogatives nationales avec l'arrivée de ce nouveau service ?

Je n’ai pas de commentaires à faire à ce propos. Ce que nous voulons, c'est que ce service soit un service d'excellence, avec la possibilité de recruter les meilleurs, que ce soit les meilleurs fonctionnaires de la Commission, du secrétariat général du Conseil, et les meilleurs diplomates nationaux. Voilà ce que souhaite Mme Ashton. Les meilleurs et les plus intelligents – the best and the brightest.

Mais y a-t-il de la volonté politique ?

Nous croyons que les Etats membres ont la volonté politique, que le Parlement a la volonté politique, tout comme la Commission et le Conseil, de créer un service efficace, performant, d'excellence. C'est ça notre objectif.

Pour faire cela, nous voulons que dans les trois sources de recrutement (Commission, Conseil, Etats membres), les meilleurs se présentent. C'est notre objectif et celui de Mme Ashton. Les meilleurs seront choisis dans un souci d'équilibre géographique, comme le précise le projet de décision, avec une présence significative de nationaux de tous les Etats membres et avec pour objectif un équilibre de genre. Voilà les paramètres qui nous guident dans la constitution de ce service.

L'intérêt des Etats membres de placer leurs meilleurs diplomates dans le service est le bienvenu, notamment si cela se traduit par une augmentation de la qualité du service. , Il reviendra à Mme Ashton de prendre les décisions in fine de qui sera placé aux plus hauts postes de ce service. C'est elle qui est responsable, et elle veut les meilleurs pour le Service.

La volonté politique n’est-elle pas formée dans le cadre du Conseil Affaires étrangères ?

Le Traité dit que c'est le Conseil qui doit prendre les décisions. C'est à lui que revient donc la tâche de déterminer les modalités de prise de cette décision. Ce qui est clair, c'est que la décision en tant que telle de constituer le service doit être prise par le Conseil à l'unanimité. C'est la base sur laquelle nous travaillons.

Mme Ashton préside le Conseil Affaires extérieures, et elle est la première intéressée à avoir un Conseil fort, performant, qui a à la base un SEAE performant, c'est ça l'objectif.

Etes-vous attentifs aux opinions des fonctionnaires des institutions ? Vous êtes certainement au courant des démarches de fonctionnaires du Conseil et de la Commission, qui expriment leurs inquiétudes face à l'arrivée de représentants des Etats membres.

Nous y sommes non seulement attentifs, mais nous sommes en dialogue avec les représentants du personnel et directement avec le personnel. Depuis nos prises de fonctions, à Mme Ashton et moi-même, nous avons eu plusieurs discussions avec eux. Et nous sommes ouverts au dialogue avec eux car cela ne pourra pas se faire sans eux. Nous voulons le faire avec le personnel et pas contre le personnel.

Nous voulons aussi que du côté de la Commission et du Conseil, les meilleurs, les plus aptes et les plus performants soient associés à ce service, qu'ils y participent et y contribuent. Il doit y avoir un dialogue.

Cette semaine, nous avons commencé la consultation des représentants du personnel sur les changements du statut du personnel. Cela va prendre du temps, mais nous prendrons le temps nécessaire pour trouver les bons équilibres avec le personnel.

Le service ne se mettra pas en place en une seule fois. Ce sera un processus. Vers quel nombre de fonctionnaires s'achemine-t-on? 6000, 7000, 8000 ?

Tout dépend de quoi vous parlez. Si vous parlez du siège et des délégations, ou si vous ne parlez que du siège. Les ordres de grandeur sont différents. Prenons la DG RELEX actuelle comme point de référence, nous avons entre 800 et 900 personnes à Bruxelles, et 5500 personnes partout dans le monde. Mais tous ces gens ne seront pas intégrés au service extérieur.

Comme le précise le projet de décision, dans les délégations, il y aura du personnel de la Commission qui reste à la Commission, bien que sous l'autorité du chef de délégation. Mais il y aura aussi du personnel dans les délégations qui appartiendra au service extérieur, à commencer par les Chefs de Délégation. Mais il est trop tôt pour vous donner un chiffre.

Au siège, il faudra voir en fonction de l'organigramme et des décisions prises pour connaître la dimension de ce service.

Il est normal de croire qu'une bonne partie de la DG RELEX sera intégrée dans ce service. Et une bonne partie de la DG E du Conseil et d'autres structures du Conseil également.

Dont les anciens services de M. Solana ?

Exact.

Combien sont-ils dans le service de M. Solana ?

Il faut demander au Conseil.

A propos de l'équilibre géographique, comment cela va-t-il se passer ? En règle générale, les nouveaux Etats membres sont faiblement représentés dans les institutions européennes au début, avant qu'un équilibre ne soit atteint quelques années plus tard. Comment allez vous procéder pour le SEAE ?

Ce sera aussi graduel, en particulier parce que le recrutement de diplomates nationaux prendra du temps. Si nous voulons respecter le principe du mérite, il faut faire des procédures de sélection et cela prend du temps. Il faut respecter les droits des candidats notamment. A la fin de la période de transition, une fois que le SEAE aura atteint sa vitesse de croisière, nous nous attendons à ce qu'au moins un tiers des fonctionnaires AD soit issu des diplomaties nationales.

Les candidats nationaux devront-ils passer des concours ?

Il y aura des procédures de sélection de tout le personnel, adaptées au grade et aux profils de chaque poste.

Il n'y aura pas de parachutage ?

Non.

Envisagez-vous dans le service extérieur un service de renseignement de l'UE ? Sur l’organigramme, un SitCen apparaît, mais cela ne serait sans doute pas un mastodonte comme la CIA ? Les pays nationaux garderont-ils leur propre service de renseignement ?

Si vous regardez l'organigramme distribué, vous verrez que le SitCen y figure ainsi que d’autres structures similaires existant à la Commission. C'est une structure très utile, très performante. C'est à Mme Ashton de décider comment elle veut l'organiser, mais je m'attends à une prolongation de ce qui est fait actuellement.

Je crois que le souci de Mme Ashton est d'utiliser au mieux les capacités où elles se trouvent. Faire utiliser par le service les capacités nationales. Nous sommes ensembles dans ce projet, c'est un projet collectif, ça se passe à tous les niveaux.

Par exemple, cela se passe au niveau de la formation, nous voudrons former les diplomates du SEAE en utilisant les capacités bruxelloises mais aussi en faisant valoir toutes les capacités de formation de diplomates qui existent en Europe. Il faut mettre ensemble tous ces moyens pour donner la meilleure formation possible à nos diplomates.

Il faut que ce service puisse disposer d'atouts et profiter et utiliser des atouts qui existent dans les Etats membres. C'est ça la logique fondamentale : mettre ensemble les capacités nationales et des institutions européennes pour que le résultat final soit plus performant.

Si je comprends bien, vous êtes optimiste que le délai donné par les chefs d'Etat et de gouvernement à Mme Ashton pour parvenir à un consensus d'ici fin avril sera respecté. Pourra-t-on dire que le SEAE existe à partir d'un jour concret ?

Mme Ashton a tenu promesse et a produit avant la fin mars sa proposition. Maintenant, c'est au Conseil, à la Commission et au Parlement de jouer. Elle a tenu sa parole.

Nous avons des propositions sur la table. Le traité dit que c'est une décision du Conseil à l'unanimité après consultation du Parlement et accord de la Commission. Tout cela reste à faire. D'autre part, pour que le service marche, nous avons besoin de changer le règlement financier et le statut du personnel, qui sont soumis à la procédure normale de co-décision du Conseil et du Parlement. Ainsi que le budget rectificatif.

Le service existera pleinement au moment où tous ces éléments seront réunis.

Pouvez-vous suggérer une date réaliste ?

Je ne peux pas le dire, ce n'est pas dans mes moyens. Du côté de Mme Ashton, le travail essentiel a été fait.

Les Etats membres ont-ils déjà été invités à présenter des candidats ?

Non, les candidatures en cours et les procédures de sélection en cours sont limitées aux chefs de délégation de la rotation 2010. Ces postes sont ouverts à des fonctionnaires de la Commission, du Conseil et à des diplomates nationaux. C'est la première fois que cela arrive, et ce avant même l'existence du SEAE. Il s’agit d’un geste fort de la part de la Commission, et en particulier de son Président et de Mme Ashton. Au titre du service extérieur, il n'y a pas de recrutement en cours parce que le service n'existe pas encore.

On entend que pour le poste d'ambassadeur en Chine, il y aurait déjà six candidats…

Je ne peux rien vous dire pour le moment là-dessus. Le délai pour la présentation des candidatures s’est terminé le 2 avril, nous procédons maintenant à l’analyse de l’éligibilité des candidatures. Les procédures de sélection sont bien décrites dans l'avis de vacance. Et elles seront respectées intégralement.

Parler d'une seule voix, pour l'Europe, qu'est-ce que cela veut dire ? Par exemple, M. Sarkozy est en visite aux Etats-Unis. Va-t-il parler au nom de l’UE ?

Parler d’une seule voix, c'est ça l'objectif. Mais le SEAE ne remplace pas les diplomaties nationales, c'est un complément. Notre objectif, c'est que via le service, on puisse mieux faire écouter la voix de l'Europe, qu'on puisse mieux articuler les diplomaties nationales avec la diplomatie européenne. Il ne s'agit pas d'empêcher M. Sarkozy de visiter M. Obama!

Notre richesse, c'est d'avoir 27 Etats membres, 27 chefs d'Etat et de gouvernement, 27 ministres des Affaires étrangères, et en plus nous avons M. Barroso, M. Van Rompuy et Mme Ashton qui jouent sur le plan international au nom de l'Union. C'est un plus d'avoir tous ces acteurs qui travaillent dans le même sens là où ils sont d'accord. Ceci dit, chacun aura le droit de passer son message national, bien sûr.

Ce que veut Mme Ashton, c'est que ce service soit mis au service de l'UE. Et pour cela, il faut que nous ayons les meilleurs et les plus intelligents, un grand investissement des Etats membres dans ce service, que Mme Ashton dans sa fonction de Haute Représentante, de Vice-présidente de la Commission et de présidente du Conseil Affaires extérieures puisse réunir toutes ces capacités pour projeter l'image de l'Union.

Sur place, dans les Etats où nous avons nos délégations et les Etats membres leurs ambassades, il faudra bien travailler ensemble, bien se coordonner, bien s'organiser pour maximiser l'impact de l'Union. Mais il ne s'agit pas de remplacer les Etats membres. Ils doivent rester actifs avec leurs personnalités dans la défense de leurs intérêts nationaux et de l’intérêt de l’Union. Mais que tous ensemble nous défendions mieux les valeurs de l'UE et ses intérêts. Il y a d'énormes qualités dans les diplomaties nationales et dans le fonctionnariat européen, nous voulons tous ensemble faire mieux. C'est ça l'objectif.

On a bien remarqué qu'à Copenhague, l'Europe n'était pas représentée par une seule personne mais par huit, ce qui a eu pour effet de diluer sa position. Est-ce que le SEAE va permettre d'éviter que cela se reproduise ?

Notre objectif est d’améliorer l’influence de l’Union dans la scène internationale. C’est aussi celui du Parlement européen, c'est très important pour nous d'avoir le soutien politique du Parlement européen aussi parce qu'il a davantage de responsabilités maintenant avec le traité de Lisbonne qu'auparavant notamment dans le domaine des relations extérieures, du commerce international. Il doit être associé et Mme Ashton l'a dit à plusieurs reprises: ce service doit aussi aider le Parlement comme il aide les présidents du Conseil européen et de la Commission, les commissaires. C'est un service au service de l'Union.

Vous avez choisi de vous exprimer en français pour cette interview. Souhaitez-vous que le français ait une place privilégiée dans le Service Européen d’Action Extérieure ?

Le français, comme l’anglais et l’allemand seront très naturellement les principales langues de travail du Service Européen d’Action Extérieure, dans lequel sans aucun doute toutes les langues de l’UE seront parlées.

Comme représentant d’un pays latin, je soutiens moi-même fortement la place du français. Il est absolument normal qu’une langue avec une si forte tradition diplomatique comme le français ait une place importante dans le Service Extérieur.

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