Former EU ambassador: EU, China must tame each other

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EU and China have complementary assets to team up and push the world economic governance in the right direction, says Paul Trân Van Thinh, a former EU ambassador to the WTO. But they first have to tame each other, he told EURACTIV in an interview as China readies to discuss a bailout package for the euro at the G20 in Cannes.

Paul Trân Van Thinh is former EU ambassador to the World Trade Organisation and co-founder of the EU-China Forum.

He was speaking to EURACTIV Managing Editor Daniela Vincenti and publisher Christophe Leclercq.

This interview is in French only. To read a shortened version of this interview in English, please click here.

La crise de la zone euro est en train de mettre à genoux l’Europe. En tant que connaisseur des relations sino-européennes, croyez-vous vraiment que la Chine peut venir en aide à l’Europe?

Financièrement la Chine est en mesure de le faire sans aucun problème (avec US$3200 milliards de réserves). C’est d’ailleurs dans son intérêt de soutenir son plus grand marché d’exportation. Mais politiquement elle doit prendre en compte son opinion publique très réticente.

En tout cas il est probable qu’elle ne pourra rien faire avant le dénouement de l’affaire grecque. Et ce sera probablement au détriment de ses placements en bons du trésor US$.

De toute façon, il appartient à l’Europe de renforcer son intégration pour maîtriser à la fois sa crise financière et les "talibans" du marché : c’est la voie optimale pour retrouver le chemin de la croissance économique et sociale.

L’évolution de l’économie mondiale renforce  le poids comme le rôle de l’Asie de l’Est (Japon, Chine, Corée du Sud, ASEAN, Hong Kong, Macao, Taiwan). Mais précisément en raison de sa  dépendance économique extrême envers le reste du monde, cette évolution stimule en réaction le commerce intra-régional après un recul en 2008 et début 2009. Et de toute façon, cela s’inscrit dans le développement inexorablement irréversible de l’interdépendance des économies de la Planète Terre.

Dans cette perspective, le poids de la Chine est déterminant.

La Chine et l’Europe possèdent les atouts nécessaires et complémentaires pour faire équipe ensemble. Mais c’est une longue marche, Cette longue marche correspond à une mission de paix sans précédent dans toute l’histoire de l’humanité : pour l’assumer, la Chine et l’Europe gagnent à s’apprivoiser. Elle est au demeurant nécessaire pour sauver notre Planète.

S’apprivoiser?

Oui. Connaissez-vous le Petit Prince de Saint-Exupéry ? Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ? dit le petit prince – C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer les liens …  si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre… si tu veux un ami, apprivoise-moi … »

Créer des liens, mais quels liens? En ce moment, la Chine se dit prête à acheter de la dette de pays européens en échange du statut d’économie de marché … Ne sommes-nous pas un peu naïfs? Car cela leur permettrait de faire du dumping, d’accentuer le déséquilibre commercial.

Vous évoquez la Chine et vous oubliez que ceux qui égratignent la zone euro sont ceux qui opèrent à Wall Street et à la City, sans oublier les medias anglo-saxons.

Cela dit et s’agissant de la Chine, à l’OMC la Chine jouit déjà de facto du statut d’économie de marché. Pourquoi insister pour un statut de jure ? Cela pourrait impliquer des arrière-pensées.

De toute façon, une chose est certaine, le monde ne peut pas danser sans l’Europe, mais l’Europe ne peut pas porter seule le poids des affaires du monde. Je vois bien les Etats-Unis d’Europe avec les Etats-Unis d’Amérique, mais surtout avec la Chine. Il faut qu’on s’apprivoise.

Mais les Etats-Unis vont eux aussi tenter d’apprivoiser la Chine, non?

Je ne crois pas que les Etats-Unis savent apprivoiser. Il faut  de la subtilité et du doigté. Se comporter comme le Petit Prince et le renard à la Saint Exupéry, les Européens en sont capables.

La Chine se considère comme un pays en voie de développement alors que l’Europe recherche son aide pour sauver la zone euro. N’y a-t-il pas une contradiction?

A l’OMC il n’y a pas de statut négocié de pays en développement (sauf pour les Pays Moins Avancés).

Entre ouverture économique et politique cadenassée, la Chine est au croisement de deux voies. Ses villes sont similaires à celles de l'Occident, ses campagnes vivent comme au tiers-monde. Cela expose la Chine aux agitations des villes comme aux secousses de la campagne.

En fait, le statut de pays en voie de développement est de moins en moins courant. C’est le statut de PMA, pays les moins avancés au nombre de 48, qui est utilisé pour assurer une certaine flexibilité aux pays vraiment en voie de développement.

Quels sont les efforts auxquels les Chinois devraient se préparer?

La Chine est un pays du passé et d’avenir, chargé d’une histoire extraordinairement exceptionnelle avec le confucianisme et le taoïsme. A mon avis, les Chinois n’ont pas encore pris la mesure de leur responsabilité au niveau planétaire. Ils vont apprendre très vite.

Mais actuellement la Chine risque d’être une bombe à retardement, avec ses gigantesques disparités internes explosives de tous ordres.

Tandis que s'immolent des moines tibétains contre la répression, et alors qu'apparaissent de  nouvelles vagues de contestataires mondialisés, il n'est pas dit qu'une grande partie des Chinois ne se reconnaîtra pas dans les "indignés" à travers le monde.

La toile des technologies de l’information et de la communication génère bon gré mal gré une forme de démocratie participative avec la population de la base comme partie prenante incontournable.

La Chine gagne à remettre de l’ordre dans ses provinces intérieures.

Sur le plan extérieur, la Chine gagne à initier et à gérer les réconciliations, opportunes et incontournables surtout avec les Japonais.

L’Europe elle a su être un laboratoire de réconciliation entre Français et Allemands. puis entre Polonais et Allemands

La Chine pourra ainsi évoluer tranquillement sans perte de face ni de prestige vers une participation plus solidaire à la gouvernance économique mondiale.

Mais peut-on faire confiance aux Chinois comme on le fait pour les Américains? Il existe quand même une communauté d’intérêts transatlantiques sur certains points. Dans les moments difficiles de notre histoire, les Américains nous ont aidés. Nous n'avons pas d'exemples de moments difficiles où les Chinois nous ont aidés.

On peut faire confiance à la Chine à partir du moment où ses intérêts sont bien compris et pris en compte.

La crise économique et financière met en évidence deux facteurs importants : le premier c’est qu’il y a des effets propagateurs irrésistibles de l’information et de la communication, y compris en Chine.

Cela met en évidence aussi la nécessité d’une gouvernance planétaire appropriée pour prévenir les crises de tous ordres et surtout prévenir et empêcher les guerres.

L’Europe et l’OMC sont les prototypes d’une semence de gouvernance planétaire et la Chine en est bien consciente.

Justement, nous sommes à la veille d’un sommet du G20. Comment croyez-vous que se restructurera la gouvernance mondiale dans le futur. Est-ce que le G20 est un modèle utile pour le long terme?

Le G20 me rappelle le mythique Green room [meetings restreints organisés par le directeur général du GATT puis de l’OMC avec une trentaine de pays dans le cadre de négociations délicates et difficiles]. Mais il faudra surtout créer une forme de gouvernance qui permette de sanctionner les Etats s’ils n’appliquent pas les décisions communes. Seule l’OMC à la possibilité de sanctionner, mais seulement sur le plan commercial.

Le G20 est issu d’une crise. C’est comme l’Union européenne qui a été créée après la guerre. Maintenant, l’Europe patine, car rien ne la pousse. On espère presque  que la crise soit bien plus violente pour que naisse une nouvelle gouvernance plus efficace aux souverainetés partagées et non nationalistes

L’Europe est une œuvre en mutation qui  s’adapte à un monde qui change en permanence. Pour que cette œuvre perdure il faut que la base citoyenne soit associée au mouvement car ce sont les hommes, les femmes et les enfants de la base qui vivent ces changements dans leur vie quotidienne, leurs souffrances, leurs espérances …

Vous parlez d’une crise plus violente pour qu’il y ait une nouvelle gouvernance économique. Cette crise n’est-elle pas déjà suffisamment violente?

Le jour où cette crise touchera la France et l’Allemagne on aura atteint le moment critique. A ce moment-là, peut-être qu'on aura cette chance. Et peut-être que l’Angleterre préfère-t-elle cette Europe d’une simple zone de libre-échange …Ce n’est pas mon Europe car mon Europe à moi reste celle de ses pères fondateurs – qui connaissaient le prix du sang et des larmes de la paix – pour parvenir aux Etats-Unis d’Europe rêvé par Victor Hugo. Peut-être faudrait-il un noyau dur pour fédérer ensuite le reste.

Quels pays voyez-vous dans ce noyau dur?

L’histoire nous le dira.

Et pour revenir à la gouvernance mondiale?

Les mutations de la mondialisation, incontournable et irréversible, s’accélèrent dans le sens de la multipolarité et de l’amorce d’une gouvernance économique planétaire.

A commencer par celle de l’Europe, qui est un laboratoire de réconciliation et de gouvernance, à 27 et plus, pour relever la multiplication des défis. Pour progresser, il lui faudra développer progressivement les souverainetés partagées et non se replier sur les souverainetés nationales qui paralysent les actions, faute de consensus.

La paix est nécessaire pour permettre à notre planète Terre d’accueillir et de prendre soin des 9 milliards 100 millions d'enfants, de femmes et d’hommes qu'elle comptera en 2050. La paix est également nécessaire pour relever le défi du changement climatique.

Ce n’est pas une utopie que d’assumer cette vision à long terme. Pour autant que les vicissitudes quotidiennes, politiciennes et électoralistes à court et moyen termes puissent être gérées dans le bon sens et en convergence  vers l’objectif à long terme.

Pour cette longue marche qui débutera par la régulation de la finance responsable du déclenchement de la crise, la Chine et l’Europe possèdent les atouts nécessaires et complémentaires pour faire équipe ensemble, pour la motiver, pour la guider et pour la réussir.

Cette longue marche serait une mission de paix sans précédent dans toute l’histoire de l’humanité.

Quel rôle donnez-vous aux Nations unies dans la gouvernance mondiale?

C’est une institution qui a été créée au lendemain des guerres. Les Nations unies sont donc le gardien de la paix, mais aujourd’hui l’ONU est simplement démodée avec un Conseil de sécurité avec des sièges permanents et des droits de veto réservés aux « vieux vainqueurs ». Ce n’est plus une semence suffisante pour une gouvernance mondiale qui ne se décrète pas de haut en bas et qui est l’art de concilier la stratégie à long terme avec les impératifs à moyen et court termes avec la base citoyenne comme partie prenante.

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