Analyst: Best Belgian politicians work for EU

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Belgium could have avoided early elections to be held on Sunday (13 June) if its experienced politicians had stayed in national politics, Jean-Michel de Waele, professor of political science at the Université Libre de Bruxelles (ULB), told EURACTIV in an exclusive interview.

Jean-Michel de Waele is also director of the Centre for Political Life Studies (CEVIPOL).

He was speaking to Georgi Gotev.

To read a shortened version of this interview in English, please click here

Pour comprendre ces élections belges anticipées, il faut peut-être répondre à la question qui les a déclenchées et pourquoi. C’était Alexander de Croo, le nouveau leader de l’Open VLD, parti libéral flamand, qui les a provoquées. Pourquoi ?

Ces élections sont dues à un pari politique du parti libéral flamand, qui considérait que les négociations au niveau communautaire n’avançaient pas, que les dates fixées par le gouvernement n’étaient pas rencontrées, et que donc il fallait provoquer un électrochoc dans la vie politique, rabattre les cartes et recréer un nouveau rapport de force qu’ils espéraient positif pour eux, et obliger à de nouvelles négociations après les élections.

C’est un pari risqué ?

C’est un pari très risqué, qui risque d’être très cher payé, parce qu’en Belgique le parti qui provoque la crise est toujours sanctionné par l’électeur. Deuxièmement, M de Croo, qui est très jeune et qui démontre qu’il n’a pas d’expérience politique, a évidemment alimenté le discours des séparatistes démocratiques flamands. Je parle de la N-VA de M. Bart de Wever, qui est un séparatiste à long terme, qui veut aller pas à pas vers l’indépendance de la Flandre, dans un avenir qu’il ne fixe pas. Mais un gouvernement qui chute, parce qu’on ne parvient pas à résoudre le problème communautaire, c’est du pain béni pour les séparatistes flamands, qui disent – vous voyez bien que ce pays ne fonctionne pas. Donc M. De Croo a alimenté très fortement cette impression.

Jusqu’aux élections européennes, Guy Verhofstadt était à la tête de l’Open VLD. Vous laissez sous-entendre que s’il était resté dans la politique nationale, les choses se seraient passées d’une façon différente ?

De façon évidente ! Parce que le VLD est un parti qui a connu il y a dix ou quinze ans de grands succès, avec M. Verhofstadt, avec Karel de Gucht, qui lui est devenu commissaire européen. Maintenant ce parti est en chute.

Il y a une vraie immigration de politiciens belges de très haut niveau dans la politique européenne. Je pense à M. Herman Van Rompuy bien sûr, mais aussi à bon nombre d’anciens premiers ministres – Jean-Luc de Haene, Wilfried Martens. Cela semble poser des problèmes au pays ?

Oui, nous avons la caractéristique en Belgique d’envoyer les meilleurs à l’Europe. Contrairement à d’autres pays qui envoient les gens qu’on ne veut plus au niveau national. C’est parce qu’aller au niveau européen, c’est vécu comme remplir une mission positive, une mission importante.

Le « communautaire » en Belgique, ça veut dire deux choses différentes. On a dit que M. Van Rompuy était devenu le chef du Conseil grâce à son expérience du communautaire – dans le sens de la politique intérieure ou celle de l’UE ?

Oui, c’est nos problèmes communautaires, et c’est l’UE… M. Van Rompuy a vécu cela comme une promotion. M. Verhofstadt et M. De Gucht trouvent que c’est plus important de s’occuper des questions européennes que des questions belges. Ce qui est très rare en Europe. Et donc, il y a une hémorragie des politiciens belges vers les institutions.

Les sondages indiquent la poussée du N-VA de M. De Wever qui pourrait obtenir 26% en Flandre et devenir le premier parti, devançant le CD&V du premier ministre sortant Yves Leterme. Avec Vlaams Belang, le N-VA pourrait avoir plus de 36%. Est-ce que cela change la donne ?

Il y a beaucoup de différends entre le Vlaams Belang et la N-VA. Le Vlams Belang est en perte de vitesse, et un autre parti populiste, la Liste Dedecker est également en perte de vitesse. Le paquet de voix populiste-séparatiste ne sera peut-être pas en hausse. C’est sans doute à l’intérieur de ces formations que des mouvements vont avoir lieu.

Mais je pense que dans la victoire probable du N-VA en Flandre il faut aussi rechercher la responsabilité francophone. Et je pense que les francophones ont de très lourdes responsabilités. Refuser tout compromis pendant dix ans, en étant minoritaire dans un pays, cela pousse la majorité à l’extrémisme.

Vous parlez de la scission électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde ?

Tout à fait. Les francophones doivent se rappeler que la Belgique moderne s'est construite sur un double compromis. Premier compromis, c’est que les flamands acceptent une parité francophone-néerlandophone, et le fait que la majorité néerlandophone ne peut pas imposer des choses a la minorité. La majorité flamande accepte qu’il y ait autant de ministres d’un côté que de l’autre, et toutes les mesures de protection de la minorité.

De l’autre côté, les francophones acceptent la territorialité, qu’il y ait une région flamande. Bruxelles-Hal-Vilvorde, dans le discours des francophones, c’est toucher à la territorialité de la Flandre. Contrairement à ce que croient les francophones, et ce que dit la presse francophone, les francophones eux aussi mettent à mal le compromis.

BHV est en Flandre, et les francophones remettent en cause le fait que la région flamande puisse gérer les choses en Flandre.

En tant que francophone, je dis que les francophones doivent balayer devant leur porte et voir de quoi ils sont responsables dans cette crise. Il y a une montée du populisme en Flandre, c’est clair, mais les francophones l’ont bien aidée. Plutôt que de renforcer les démocrates flamands, en les ridiculisant, en ridiculisant M. Leterme, les séparatistes ont bien entendu gagné beaucoup de force.

Bart De Wever souhaite changer le statut de Bruxelles. Les francophones n’ont-ils pas raison de dire qu’il veut en faire la capitale d’une Flandre indépendante ?

Vouloir détruire, comme M. De Wever le souhaite, Bruxelles comme région, est évidemment une provocation inacceptable. Mais à part les extrémistes flamands, personne ne veut de ça.  Les partis démocratiques flamands ne veulent pas en entendre parler non plus.

Evidemment, si dans le rêve nationaliste flamand la Flandre devient indépendante avec Bruxelles comme capitale, on ne voit pas comment cela pourrait se passer si Bruxelles garde son statut de région. Une région où 90% de la population parle français, ou si les fonctionnaires européens parlent une autre langue étrangère que l’anglais, c’est plutôt le français, on imagine très mal comment ils pourraient « manger » la région bruxelloise.

Toutes les études le montrent, l’image de la Belgique, c’est Bruxelles. En termes économiques, en termes d’attractivité, Bruxelles est un point absolument majeur. C’est d’ailleurs pour cela que la Belgique ne va pas se diviser : c’est parce qu’il y a Bruxelles. Et que les flamands ne veulent pas laisser tomber Bruxelles.

Pourtant, beaucoup disent que la scission BHV trace une nouvelle frontière linguistique pour que Bruxelles reste du « bon côté »?

Oui, c’est l’idée que Bruxelles est enclavée dans les territoires flamands, c’est vraiment une angoisse existentielle des francophones, qui imaginent Bruxelles comme Berlin Ouest, entourée par l’Allemagne de l’Est… C’est vraiment une thérapie nationale qu’il faut faire dans ce pays. Ce n’est pas une thérapie familiale, ce n’est pas une thérapie de couple, c’est une thérapie nationale qu’il faut faire. Les angoisses des francophones sont : les flamands veulent la séparation, ils veulent prendre Bruxelles, et les pauvres francophones vont être pauvres et livrés a eux-mêmes. Et quand ont leur dit : écoutez, séparer la Belgique, ce n’est pas si facile que ça, il n’y a pas une majorité de flamands qui demandent ça, ils disent : mais ils ont « le » plan, c’est un plan pour cinquante ans…

Cinquante ans ! Quand on pense au mur de Berlin, c’est absurde d’accuser une autre communauté d’avoir un plan à cinquante ans…

L’angoisse des flamands, c’est la dissolution de leur identité nationale. Et ce qu’ils appellent « la tâche d’encre » francophone. C’est la peur que cette grande langue de culture qu’est le français ne mange petit à petit le territoire flamand. Et que le flamand devienne une langue en voie de disparition. Les francophones ont beau dire nous ne sommes pas responsables de la mondialisation, ça n’empêche pas les flamands de dire : vous voulez franciser nos terres.

Si les étrangers qui résident légalement en Belgique avaient le droit de voter aux élections régionales, je ne suis pas sûr du rapport de forces et de la prétention que certaines communes soient vraiment flamandes.

C’est ça la crainte des flamands, que les eurocrates qui vivent en périphérie, à Waterloo, à Rhode Saint-Genese, à Alsemberg, à Beersel, fassent pencher la balance. Il y a une majorité francophone sociologique en territoire flamand. Mais il faut bien admettre que les lois sont gérées par la région flamande. Et moi, en tant que francophone, je suis pour respecter les lois de la région flamande. Parce qu’il faut penser – si un jour on a une majorité turque ? Et qu’elle crée un parti ? Qu’est ce qu’ils vont dire les Bruxellois, ils vont être ravis d’avoir un parti turc ? Il y a quand même des lois territoriales à respecter.

Je suis expatrié, viens de payer mon impôt régional en Belgique, mais je n’ai pas le droit de vote aux élections régionales. C’est normal ?

Non, ce n’est pas du tout normal. Mais je pense que la Belgique, par rapport à d’autres, n’est pas en retard sur le vote des étrangers. Le droit de vote aux élections communales existe. Mais pour ce que vous venez de dire, dans le climat ambiant, il y a peu de partis politiques qui s’engagent dans cette voie.

Ce qu’il manque en Belgique, et c’est la solution pour Bruxelles, c’est que tout le monde soit trilingue, alors le problème sera résolu. Le problème des francophones, c’est qu’ils ne parlent pas le flamand. Alors qu’on fasse un grand plan en disant : à partir de demain, tout enfant qui naît a Bruxelles doit être trilingue, français, néerlandais, anglais, et le problème sera résolu. Qu’on le fasse aussi pour tout enfant qui naît à Liège ou à Ostende.

Pourtant le néerlandais est enseigné dans les écoles françaises à Bruxelles. Ce sont les résultats qui sont décevants…

Oui, le néerlandais est enseigné à Bruxelles, mais pas en Wallonie. Pour ce que vous dites des résultats, il est très difficile de motiver un jeune bruxellois francophone à apprendre le néerlandais.

Pourtant ça aide à trouver un emploi ?

Oui, mais à l’heure de la mondialisation, il est beaucoup plus tentant pour un jeune d’apprendre l’anglais. Mais il est temps que les francophones arrêtent avec cette mentalité.

Pourquoi la Belgique n’a-t-elle pas eu de premier ministre francophone depuis la seconde guerre mondiale ?

Parce qu’il y a une majorité politique néerlandophone qui ne le veut pas. Mais je pense aussi que quand ça s’est posé,  les francophones ont pris conscience que le prix à payer pour un premier ministre francophone serait trop lourd. Et quelque part, c’est l’acceptation des hommes politiques francophones qu’ils sont minoritaires. Encore faut-il trouver des hommes politiques francophones parfaitement bilingues, ce qui n’est pas évident.

Rudy Demotte est parfaitement bilingue.

Oui, Louis Michel, Didier Reynders sont parfaitement bilingues, Paul Magnette est un bon bilingue. Mais Elio di Rupo n’est pas vraiment bilingue.

Et c’est pourtant il est perçu comme premier-ministrable ?

Exactement.

Pour résumer, tout ça, qu’est ce que ça donne pour l’image de la Belgique?

Je n’ai pas d’étude objective et les histoires d’image, c’est toujours très complique. Je pense que c’est catastrophique pour la Belgique. Je pense qu’il est complètement délirant de discuter de la langue de la convocation aux élections. Parce que BHV, c’est ça – dans quelle langue la convocation va être rédigée.

Est-ce que cela dérange tellement les gens ?

Non, à mon avis, ça dérange les politiciens. Quand on fait le choix de vivre en Flandre, je ne vois pas en quoi c'est choquant de recevoir les paquets de l’administration en flamand.

Si vous étiez un homme politique, vous n'auriez pas fait le même discours ?

Je pense que les partis politiques au nord et aussi au sud du pays sont pris en otage par les extrémistes.

Qui sont les extrémistes du côté Wallon ? On a beaucoup parlé de la Flandre.

C’est le FDF (Les Fédéralistes Démocrates Francophones) et [leur secrétaire général] Olivier Maingain, qui représentent toute l’arrogance de l’extrémisme francophone.

Olivier Maingain représente aussi le MR, le Mouvement Réformateur, affilié aux libéraux européens, bien qu’ils soient plus à droite que le Centre Démocrate Humaniste CDh, qui fait partie du PPE…

Oui, les libéraux belges sont plus à droite. Il faut quand même remarquer que ce sont les partis de droite qui jouent la carte communautaire. La crise a été lancée par les libéraux flamands, et passée aux libéraux francophones. Je pense qu’il y a toute une partie de la population qui pense, comme moi, qu’il est délirant de traiter de questions comme BHV en pleine crise financière, alors que le chômage a fortement augmenté en Flandre et que les problèmes sont gigantesques dans le pays. 

A l’instant où nous parlons, des manifestations ont lieu dans le centre de Bruxelles, et c’est l’économie qui a fait sortir les gens dans les rues. Il semble y avoir un décalage entre ce que les gens pensent et ce que les politiciens délivrent comme messages.

…ce que le mode politique et, excusez-moi, ce que les journalistes délivrent comme messages.

Il est difficile pour un expatrié de comprendre la presse belge. En êtes-vous conscient ?

La presse belge est pauvre, elle a peu de moyens, elle est aussi très locale. Pour un expatrié, lire la presse belge ne doit pas lui donner d'informations majeures sur les grandes tendances de la Belgique. Ce n’est pas par hasard si une grande partie des intellectuels lisent les journaux internationaux en Belgique. Dans mon université, on lit beaucoup Le Monde. C’est très communautaire, la presse belge. Si vous voulez savoir ce qui se passe dans la rue du voisin, oui, lisez la presse belge.

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