Lawmaker: EU held back by ‘trivial’ communications

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“A common platitude is to state that EU elites are pro-European while the citizens aren’t,” argues French MEP Sylvie Goulard, who recently won a prize for her book, ‘Europe for dummies’. In an interview with EURACTIV, she explains that the opposite tends to be true, with opinion leaders more preoccupied with “trivial” matters than citizens.

Sylvie Goulard MEP (ALDE, France) won this year’s European Book Prize for her work ‘Europe for dummies’. She is president of the European Movement – France and served as a political advisor to the Prodi Commission.

She was speaking to Hervé Devavry.

To read a shortened version of this interview, please click here.

Vous avez reçu la semaine dernière le “Prix du livre européen” pour votre ouvrage L’Europe pour les nuls. Selon vous, “les nuls” sont ceux qui ont des responsabilités en Europe mais ne se sentent pas obligés d’expliquer ce qu’est réellement l’Union européenne. Pourquoi ?

Ce livre a été écrit après les référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas [sur le projet de Traité constitutionnel européen]. L’objectif de cet ouvrage était de rappeler que, malgré ses imperfections, l’UE est une innovation géniale. Je voulais faire prendre conscience que l’expression publique sur l’UE n’est pas à la hauteur des réalisations passées, ni de l’enjeu que son succès représente pour notre avenir.

Pour beaucoup de peuples en dehors de notre continent qui, par exemple, n’arrivent pas à se réconcilier avec leurs voisins, qui vivent encore des conflits pour des portions de territoire ou qui sont très loin de ce type de coopération, l’UE est un sujet d’étonnement et d’admiration. J’ai toujours été frappée par le contraste entre la grandeur du projet européen et la petitesse du message qu’on délivre sur lui en Europe.

Vous reprochez principalement aux dirigeants européens de ne pas suffisamment communiquer sur leur fonction et sur ce qu’est l’UE…

La question clé n’est pas simplement de “communiquer” en se bornant à expliquer combien il y a de commissaires ou de députés. C’est plutôt une question d’engagement, de foi dans l’Europe unie.

Un lieu commun consiste à dire que les élites seraient trop européennes et le peuple ne le serait pas. Ce n’est pas exact. Certains représentants de ces prétendues élites sont au contraire enfermés dans des schémas nationaux étroits. Ils ne sont pas prêts à agir de manière européenne. Les citoyens ressentent ce décalage entre leurs discours et leurs actes. Sans doute est-ce difficile car le projet européen est inédit. Il va à l’encontre de la facilité, du nationalisme, il exige des efforts de compréhension mutuelle.

En tout cas, qu’il s’agisse d’hommes politiques, de journalistes mais aussi de chefs d’entreprise, de syndicalistes ou d’hommes d’église, peu nombreux sont ceux qui se sentent investis du devoir de respecter et d’expliquer le trésor que représente l’intégration européenne. Enfin, lorsque l’on parle d’Europe, c’est souvent sur un ton qui ne suscite pas l’enthousiasme.

Ce livre essaie donc d’évoquer l’UE de manière plus décontractée, plus naturelle. On fait toujours de l’Union européenne quelque chose de technique et de rébarbatif alors qu’elle est vivante et dynamique. Y remettre de l’émotion, du rire, voilà ce qui me semble urgent.

C’est un peu le pari qu’avait fait le Parlement européen au moment des élections de juin en lançant une campagne provocante, abondamment diffusée sur Internet pour convaincre les jeunes électeurs. Résultat, 43% de participation, le pire taux depuis la première élection des députés européens au suffrage universel direct en 1979. Que faut-il faire selon vous pour convaincre les citoyens de l’UE ?

Dans la communication il y a plusieurs éléments. Il y a le ton du message que vous voulez faire passer, et tant mieux si le Parlement a osé adopter une tonalité plus impertinente. Mais il y a aussi les résultats de l’action. Et là, regardons la réalité en face. L’UE ces dernières années n’a pas fourni aux citoyens ce qu’ils attendaient. Les inégalités se sont creusées et l’UE n’a plus été vue comme un facteur de progrès et de cohésion sociale.

Ce qu’elle fait de bien – par exemple la protection apportée par l’euro -, passe à la trappe ou est récupéré par les gouvernements nationaux alors que ce qu’elle ne fait pas saute aux yeux. C’est de là, à mon avis, que vient le faible taux de participation aux élections européennes.

Il n’y a par exemple pas eu de réponse européenne à la crise. Les élections européennes sont arrivées six-huit mois après un choc économique majeur mais les Etats membres se sont bornés à prendre des plans économiques nationaux, non concertés. Pour le sauvetage des banques, pour la relance, rien n’a été conçu en commun.

La prime à la casse a été refusée d’abord par l’Allemagne puis mise en œuvre dès la fin de la présidence française. Chacun a aidé son industrie automobile sans plan d’ensemble ni de réflexion globale sur la voiture “verte” et le transport de demain. La Commission a fini par présenter comme “européen” un bouquet de mesures nationales, assez vieillottes.

De même, la Stratégie de Lisbonne européenne, censée encourager la “société de la connaissance” depuis 2000, n’a pas eu assez de traduction concrète pour les chômeurs ou les jeunes mal formés.

Selon l’ancien Président de la Commission européenne Jacques Delors qui préside le jury du “Prix du livre européen”, la faute revient principalement aux gouvernements nationaux qui n’expliquent pas ce qu’ils font en Europe (EURACTIV 02/12/09). Pensez-vous comme lui que les Etats membres ont leur part de responsabilité ?

Les gouvernements nationaux ont une part énorme de responsabilité. Rappelons que l’UE ne s’attribue pas de compétences, elle les reçoit des Etats qui la composent et de leurs gouvernements. En ce moment, ces derniers manquent de hauteur de vues.

Ainsi, lors du conseil “Ecofin” de la semaine dernière sur la supervision financière, les Etats membres ont cherché un petit compromis entre eux. En dépit de la violence de la crise et du danger d’une nouvelle bulle, ils n’ont pas osé mettre sur pied des mécanismes efficaces dont l’Europe a besoin. Ils ont surtout eu à cœur de préserver leurs droits de veto.

Dans un marché unique où banques et les compagnies d’assurances ont des activités par delà les frontières, la volonté des pouvoirs politiques nationaux de continuer à décider à leur niveau, pour ces établissements, révèle une perception erronée et à terme périlleuse.

Dans la deuxième partie de mon livre, je rappelle les principes sur lesquels a été fondée l’Europe : la méthode communautaire consiste à réfléchir ensemble afin de trouver la réponse appropriée à un problème et non à l’aborder à partir de positions nationales verrouillées, en dehors de toute rigueur intellectuelle.

La bonne solution est celle qui ne dresse pas un Etat contre un autre, ni n’en privilégie un par rapport à l’autre. Les citoyens ont du mal à comprendre ce qui se passe en Europe car les Etats continuent à plaquer une approche nationale sur une réalité européenne, voire globale. On dit qu’on fait l’Europe et on ne la fait pas. De la viennent les déceptions.

En quoi le traité de Lisbonne constitue-t-il une avancée pour traiter ce problème de transfert de souveraineté ?

Le traité de Lisbonne constitue un petit pas dans la bonne direction. Il y a de nouvelles compétences dans des domaines importants comme l’énergie, la justice et les affaires intérieures ou la représentation externe de la zone euro. Le Parlement a aussi un droit de regard accru sur la PAC [Politique agricole commune] ou le budget par exemple. Mais même si tous les Etats ont signé et ratifié ce texte, il reste à voir s’ils vont le mettre en œuvre.

Depuis le traité de Maastricht, signé il y a dix-huit ans, nous sommes censés avoir une politique étrangère et de sécurité commune. L’affrontement entre Etats de l’UE qui s’est produit en 2003 sur la guerre en l’Irak n’aurait jamais dû avoir lieu. Les Etats ont d’ores et déjà une obligation de se concerter, de trouver des positions communes dans ce domaine. Quoi que l’on mette dans les textes, il faut un minimum de bonne volonté des Etats.

De même, le pacte de stabilité et de croissance pour l’euro stipule des obligations que la Grèce n’a pas remplies. Ce pays a mal géré ses finances publiques par rapport aux engagements qu’il avait pris. La France et d’autres Etats de la zone euro prennent le même chemin. Même si la situation est moins dramatique ici qu’à Athènes, la tendance est préoccupante.

Le traité de Lisbonne va permettre aux citoyens d’influencer les décisions de l’UE en recueillant un million de signature. Est-ce une bonne méthode selon-vous pour rapprocher les citoyens de l’UE ?

Cette procédure est utile, notamment si, par exemple, les syndicats l’utilisent puisqu’ils peuvent assez facilement recueillir un million de signatures dans cinq Etats membres différents. Si l’Europe sociale n’avance pas, on pourra dorénavant leur demander pourquoi ils ne prennent pas d’initiative en ce sens.

Mais l’insistance sur le concept d’”Europe proche des citoyens” me met mal à l’aise. L’UE est un ensemble immense qui compte 500 millions de personnes et 27 pays. Prétendre que les organes communautaires peuvent être proches de chaque citoyen revient à faire miroiter des illusions exagérées.

L’UE regagnera les cœurs si elle produit ce pour quoi elle est faite : la paix a été une réalisation formidable et personne ne le conteste. Reste maintenant à retrouver une prospérité fondée sur l’équité. L’UE compte 80 millions de pauvres [Eurobaromètre 2009]. Cette situation est moralement inacceptable. C’est aussi un gâchis de talents et de compétences.

L’UE doit agir plus efficacement, au bénéfice de tous. Elle doit tout simplement renouer avec les objectifs sociaux inscrits noir sur blanc dans le traité de Rome de 1957. Avec une population supérieure à celle des Etats-Unis, la question est moins d’avoir une Union “proche” qu’une Union efficace, dotée des relais appropriés.

Et sa vocation première est de porter la voix des Européens dans le monde, leurs valeurs, de défendre leurs intérêts. Aux échelons locaux et nationaux de relayer le message et de se charger de l’action de proximité. Ne confondons pas les tâches mais aidons les échelons à coopérer. Quand la Banque centrale européenne prend les bonnes décisions pendant la crise, elle est proche des citoyens, elle protège leurs avoirs, leurs emplois, même s’ils ne s’en rendent pas compte. Ainsi, il faut des institutions qui remplissent bien leur mission, au niveau global et que l’échelon local reconnaisse ce qu’il doit à l’échelon supérieur.

Vous avez parlé de l’échec de l’Europe de la connaissance. On parle aussi beaucoup de l’échec du “
plan d’action pour améliorer la communication en Europe
” présenté par la commissaire Margot Wallström. Qu’attendez-vous de la nouvelle Commission qui devrait commencer ses travaux début 2010 ?

Comme je l’ai déjà dit, la question clé n’est pas la communication mais le fond, la méthode choisie pour faire l’UE. Reprenons l’exemple de “la stratégie de Lisbonne”: la méthode choisie, appelée “méthode ouverte de coordination“, ne comportait aucune obligation pour les Etats membres d’agir, aucun critère contraignant et aucune sanction en cas de défaillance.

Les pays comme la Suède ou le Danemark qui investissaient déjà beaucoup dans la recherche ont continué à le faire et ceux du sud qui n’investissaient pas assez n’ont pas plus investi. Ainsi, les quelques grandes universités européennes dont on a besoin n’ont pas été créées, pas plus que des centres de recherche et d’excellence pan-européens.

Une idéologie de “laisser-faire” a dominé à Bruxelles depuis quelques années. La mode était à la dérégulation, pas aux projets, aux initiatives visibles. La Commission “Barroso I” a été en permanence sur la défensive, dans l’autoflagellation.

Madame Wallström a dû communiquer dans le vide. Seule exception notable : le changement climatique où l’UE a été leader, mais où beaucoup reste à faire.

J’attends de la prochaine Commission qu’elle reste mobilisée sur le changement climatique, et devienne plus active sur la sortie de crise, la réduction des déficits ou la recherche. La Commission doit être, avec le Parlement, le “poil à gratter” de l’Union européenne. Elle doit être en permanence à l’avant-garde et faire peser la responsabilité de l’inertie sur les Etats-membres qui ne veulent pas avancer. Un certain nombre d’Etats veulent garder leurs prérogatives au détriment de l’intérêt général des Européens.

Pour nos enfants, nous avons besoin d’un plan climat efficace. Et pour nos enfants nous avons besoins de finances publiques saines. Il ne s’agit pas seulement d’obéir aux traités ou de faire plaisir à la Banque centrale mais de préserver l’avenir.

A côté de ce rôle assumé par la Commission européenne, quelle fonction voyez-vous au nouveau président du Conseil, Herman Van Rompuy ?

Pour moi, c’est un capitaine de jeu collectif. Contrairement à ce que les commentateurs français ont écrit récemment, les traités n’en font pas un « Président Ve République », un chef qui décide seul. C’est au contraire un capitaine qui fait en sorte que, sur le terrain, les joueurs se passent la balle et que l’équipe Europe marque des buts. Motiver les troupes, aplanir les dissensions, créer un esprit d’équipe, voilà sa mission et c’est une tâche immense !

Le fait que le capitaine soit belge, avec ce que ce pays représente pour l’Europe, me semble être un bon choix. En Belgique, a priori, on sait ce que représente la méthode communautaire. Mais naturellement, c’est aux actes qu’on verra si le candidat était le bon. 

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