Opinion-maker: EU should adopt position on Roma controversy

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The European Commission has been remarkably silent over the treatment of Roma by France and Italy, Dominique Moïsi, founder and senior advisor at Ifri (the French Institute for International Relations), told EURACTIV in an exclusive interview.

Dominique Moïsi is also a member of the Bilderberg Group, the secretive annual meetings of which have fuelled controversy since 1954.

He spoke to EURACTIV’s Senior Editor Georgi Gotev.

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Quelles sont vos impressions sur cette controverse sur les Roms, pas nécessairement seulement entre la France et la Roumanie, mais dans le contexte européen? L’Europe a-t-elle sa place et joue-t-elle son rôle ?

L’Europe a pris des positions critiques à l’égard de la France de manière assez claire. Il y a eu des positions du Conseil de l’Europe critiquant assez clairement les mesures prises par Nicolas Sarkozy au cours des dernières semaines. Mais c’est vrai qu’on aurait pu envisager une réunion spéciale de l’Union européenne sur le traitement des immigrants en général et des Roms en particulier.

L’Italie aussi souhaite expulser les Roms de son territoire, et on dit que le mauvais exemple est le plus contagieux. Est-ce que vous voulez dire que l'Union européenne doit intervenir pour éviter ces dérapages ?

Tout à fait. Il n’est pas surprenant de voir une similarité de positions entre M. Berlusconi et M. Sarkozy. Et d’ailleurs il est difficile de savoir qui inspire l’autre dans cette affaire.

On dit que c’est le contexte politique interne qui prime dans l’action de M. Sarkozy par rapport aux Roms, êtes-vous d’accord ?

Oui. M. Sarkozy sent qu’il y a là une thématique sensible qu’il peut utiliser en ayant la majorité des français derrière lui.

Mais une partie de la droite ne soutient pas M. Sarkozy…

C’est exact. Il y a une partie des élites traditionnellement chrétiens-démocrates qui considèrent que l’approche populiste de Nicolas Sarkozy est immorale et qu’on ne doit pas jouer comme ça avec les émotions populaires. Mais si l'on regarde la majorité des Français et la majorité de l’électorat de Nicolas Sarkozy, ils soutiennent ces mesures. Ce qui ne veut pas dire qu’il redevient plus populaire. Il y a un décalage frappant entre la popularité de ces mesures et l’impopularité du président lui-même.

M. Sarkozy se serait-il trompé de stratégie?

Personnellement, je le pense profondément. Je pense qu’il joue avec le feu. Il s’isole de l’opinion publique internationale et se place sur un terrain délicat, celui du Front National et de ses représentants. Je pense qu’il a pris un gros risque.

Est-ce que vous pensez que la Bulgarie et la Roumanie, dont les ressortissants sont sujets à ces expulsions, sont excessivement prudentes dans leurs réactions ?

Ces pays sont prudents pour plusieurs raisons. La première est qu’ils ne peuvent pas donner des leçons d’éthique à la France sur le traitement des Roms, puisque eux-mêmes les traitent très mal chez eux. Quand on regarde le pourcentage des budgets alloués aux Roms dans ces pays, la ségrégation des Roms commence en Roumanie et en Bulgarie bien avant d’exister en France.

Le Secrétaire d’Etat pour l’Europe M. Pierre Lellouche a menacé clairement de faire obstacle à l’adhésion de la Roumanie à l’espace Schengen si le pays ne se conforme pas à la volonté de Paris. Trouvez-vous cela normal ?

Il est vrai que la Bulgarie et la Roumanie, en moindre mesure, n’ont pas des comportements rigoureux et ne respectent pas les règles du jeu européennes. Est-ce qu’ils en ont les moyens, la volonté, c’est une autre question. Mais est-ce que c’est aujourd’hui, à chaud, qu’il faut menacer les gouvernements roumain et bulgare publiquement, en leur disant qu’ils ne pourront pas entrer dans l’espace Schengen, est-ce que cela ne supposerait pas plus de diplomatie et moins de démagogie, c’est une autre question.

Quelles sont les leçons à tirer pour l’Union européenne, vous avez mentionné le Conseil de l’Europe, mais il y a aussi la Commission européenne…

…mais elle est profondément divisée et faible en ce moment. Et au fond, elle sent bien, cette Commission, que sur le plan des principes éthiques les positions de la France et de l’Italie sont dangereuses et ne peuvent pas être acceptées pour un continent qui met au devant les droits moraux et le soutien au plus faible. Mais elle est en même temps consciente du fait que la majorité de l’opinion publique européenne, et pas seulement française, dans cette phase difficile économiquement, soutient en fait des mesures de méfiance, de défiance, du président Sarkozy. L’Europe, aux prises avec une culture de la peur grandissante, sent que les emplois s’échappent vers l’Asie et veut se fermer à l’égard des immigrants. Et ceux qui sont les plus visibles, les plus vulnérables, sont les Roms.

Dans la Commission Barroso II pour la première fois il y a un commissaire responsable pour les droits fondamentaux et la citoyenneté, c’est Mme Viviane Reding. Mais on ne la voit pas et on a l’impression que M. Barroso n’ose pas se mesurer à M. Sarkozy dans cette affaire…

Tout à fait. Mais lors de son premier mandat M. Barroso n’est pas entré dans l’histoire comme étant doté d’un énorme courage politique. Sinon, d’ailleurs, il n’aurait pas été réélu. Il doit sa réélection largement à Nicolas Sarkozy. On peut comprendre, et regretter quand même, son silence.

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