Milinkevich: Use EU ‘carrots’ carefully

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The European Union should make careful use of "carrots" with the authoritarian regime in Belarus in its attempts to boost democracy, the country's opposition leader Alexander Milinkevich told EURACTIV in an exclusive interview.

On behalf of all opposition parties, Alexander Milinkevich ran against incumbent president and 'last dictator in Europe' Aleksandr Lukashenko in the 2006 presidential elections. The same year he was awarded the European Parliament's Sakharov prize. 

Milinkevich was speaking to Hervé Devavry.

To read a shortened version of this interview, please click here.

Vous êtes venu à Bruxelles avec Angelika Borys, leader de l'Union polonaise au Bélarus. 40 activistes, dont elle, ont été brièvement arrêtés la semaine dernière. Quel était le but de votre visite ?

La tâche principale de notre visite est la défense des droits de l'homme et des minorités, principalement de la minorité polonaise. Mais la démarche est beaucoup plus large puisqu'il ne s'agit pas d'un cas exceptionnel d'atteinte aux droits de l'homme et aux libertés chez nous. Le pouvoir a commencé à dialogue avec l'Union européenne il y a un an et demi. J'ai été l'un des initiateurs de ce processus car il peut à la fois permettre de réformer l'économie de notre pays mais aussi de déboucher sur des avancées démocratiques et dans le domaine des droits de l'homme.

Au départ, la Commission européenne a formulé les principes de la collaboration. Il s'agissait de douze conditions de démocratisation. Les structures européennes ont commencé à apporter une aide financière. En retour, le pouvoir autoritaire biélorusse a fait des pas importants dans le domaine des réformes économiques et quelques petits pas dans le domaine de la démocratie. Le pouvoir a libéré huit prisonniers politiques, enregistré mon mouvement pour les libertés et a donné à deux journaux démocratiques l'autorisation d'être diffusés. Mais il ne s'agissait que de deux journaux sur vingt. Nous nous sommes inquiétés de ce problème car la politique de l'UE est juste et morale mais elle n'est pas efficace dans le domaine des changements démocratiques.

Je suis content de la rencontre avec les groupes politiques, avec le président du Parlement européen Jerzy Buzek, avec le Président du Parti Populaire européen Wilfried Martens et avec les nombreux députés concernés par la question biélorusse.

Votre visite était-elle liée à l'arrestation la semaine dernière d'Angelika Borys ? (EURACTIV 17/02/10)

Il ne s'agit pas seulement de cette arrestation. Par principe, le pouvoir autoritaire, et pas uniquement chez nous, lutte contre les organisations démocratiques et indépendantes, comme les ONG, les partis politiques, les syndicats libres, les médias indépendants… C'est une des raisons de notre lutte. [Le Président Alexandre] Loukachenko est d'accord pour faire de grands pas dans le but d'obtenir l'aide de l'UE mais cette volonté reste limitée dans le domaine de la démocratie.

Aujourd'hui, nous avons beaucoup plus de chance que lorsque notre pays pratiquait l'auto isolationnisme. Mais nous ne pouvons pas nous limiter aux résolutions du Parlement européen. Elles sont nécessaires mais ne sont pas suffisantes.

Nous avons aussi besoin de la politique concrète de la Commission européenne. Dès lors qu'il y a cette circulation économique, nous devons avoir selon moi une politique pas à pas. La Commission ne fait un pas dans l'aide économique que s'il y a un pas concret du côté biélorusse. Mais alors que les prisonniers politiques avaient tous été libérés, trois activistes reconnus par Amnesty International et Human Rights Watch ont à nouveau été arrêtés pour raisons politiques. Dans ce cas, il ne peut pas y avoir de relation politique entre l'UE et la Biélorussie.

Le problème de l'organisation polonaise de Mme Borys et d'autres organisations politiques est celui de l'enregistrement. Elle veut être enregistrée pour avoir une activité légale mais, chez nous, le pouvoir limite l'enregistrement des ONG et des organisations démocratiques et a introduit le code criminel qui punit de trois années de prison le fait d'exercer une activité dans une organisation non enregistrée.

Que peut faire l'Union européenne et principalement la Commission pour être entendue par les autorités biélorusses ?

La position morale du Parlement européen à travers ses résolutions est très importante. Il faut que le Parlement parle d'une seule voix. On peut faire des compromis mais pas dans le domaine des droits de l'homme. Les compromis sont normaux en politique, mais pas dans les droits de l'homme. Chez nous, le pouvoir dit souvent que l'Europe a mis deux siècles à devenir démocratique, et que nous devons donc aussi avoir deux siècles pour le faire. Mais la démocratie doit être la même sur chaque continent.

Le deuxième élément est la politique concrète pas à pas de la Commission européenne. Il faut coordonner si possible cette politique avec les structures mondiales comme le Fond monétaire international (FMI). Les dictateurs comprennent seulement les mots très concrets comme "argent". Il faut donc en profiter. Il ne s'agit évidemment pas uniquement d'argent pour Loukachenko mais avant tout pour notre économie, pour notre peuple. Je suis donc pour cette aide mais à certaines conditions : il faut un dialogue critique et conditionnel.

Des sanctions peuvent-elles aider l'UE à se faire entendre ?

S'il s'agit de sanctions comme l'embargo à l'exportation ou le gel des comptes, ça ne donne pas beaucoup d'effets. En revanche, les sanctions personnelles sur les visas par exemple, bien qu'elles soient morales, donnent des résultats. Mais je ne suis pas favorable aux sanctions économiques dans le sens premier. Je ne propose pas juste des sanctions mais des "carottes dosées" en fonction de la démocratisation.

Vous défendez la libéralisation des visas pour que les citoyens biélorusses puissent voyager dans l'espace Schengen…

Au sens large, ce que nous faisons en politique dans les mouvements civiques et démocratiques chez nous, est une européanisation de nos citoyens. Ils sont très soviétisés après les décennies d'URSS. Beaucoup de gens sont dénationalisés et ne connaissent pas leur histoire, leurs racines ou leur culture. Il faut donc faire, selon nous, un retour vers l'Europe car nous sommes des européens. Notre culture, notre mentalité notre histoire est l'histoire de l'Europe.

Ce retour est un processus assez long. Pour arriver à des institutions démocratiques, il faudra beaucoup travailler pour changer la culture politique et revenir à nos racines communes. C'est pourquoi j'ai proposé à l'UE d'établir ce dialogue, malgré la dictature. Nous ne pouvons pas attendre car il y a un danger de disparition de notre indépendance. La démocratie et l'indépendance sont une de nos tâches principales. Il faut donc commencer ces relations malgré la dictature pour la changer et conserver la souveraineté du pays.

Quelle va être la place de la Biélorussie dans le développement du partenariat oriental de l'UE ? La Parlement a mis comme condition dans une résolution adoptée mi décembre la tenue d'élections parlementaires libres.

Pour l'instant nous avons une participation limitée dans Euronest, l'institution parlementaire du partenariat oriental. Certes il faut qu'il y ait des élections libres et démocratiques en Biélorussie mais, pour moi, le partenariat oriental est avant tout une déclaration : par ce biais, notre pays annonce qu'il veut devenir un pays européen

Le gouvernement doit d'abord mener une libéralisation politique, ce qui n'est pas le cas pour l'instant. Le pouvoir veut être accepté par les pays occidentaux, être reconnu et légitime. Les conditions d'acceptation doivent être les mêmes pour la Biélorussie que pour les autres pays. Nous ne pouvons pas entrer dans ce programme par l'arrière porte.

Avez-vous rencontré des difficultés pour quitter la Biélorussie avec Mme Borys ? Avez-vous des craintes à votre retour ?

Le régime biélorusse utilise de multiples méthodes pour empêcher et punir les activistes démocratiques, mais pas pour sortir et entrer dans le pays. Après les élections [de 2006] lors desquelles j'étais candidat, j'ai été fouillé pendant six mois à chaque fois que j'entrais dans le pays. Mais depuis, non. Ce n'est pas une méthode utilisée par ce pouvoir.

En revanche, d'autres méthodes existent. J'ai par exemple deux enfants qui font des études en Pologne et depuis les manifestations de mars 2006, ils rencontrent des difficultés pour rentrer en Biélorussie. Ils sont sur les listes des gardes frontières pour être arrêtés. C'est comme cela que l'on punie ma femme et moi.

Je suis connu et médiatisé, mais la situation est beaucoup plus difficile pour les activistes démocratiques qui se trouvent dans des petites villes, où ils ne sont pas nombreux et où le pouvoir est fort.

A ce sujet, selon la presse polonaise, Mme Borys est venue à Bruxelles pour se créer une stature internationale, être mieux connue et minimiser les risques pour son organisation.

Il est vrai que la médiatisation apporte une certaine protection. Etre connu à travers les médias est important pour les leaders démocratiques chez nous.

Vous semblez avoir principalement le soutien de la Pologne et des députés européens polonais. Est-ce seulement une impression ?

J'ai évidement beaucoup de soutiens de la part d'hommes politiques en Pologne. La Pologne est notre voisin le plus proche et nous avons des siècles d'histoire commune, des figures culturelles historiques communes et des rois en commun. Mais je ne peux pas dire que seuls les polonais me soutiennent. Ici, au Parlement européen, j'ai des soutiens de la part de députés de nombreux pays. Il est tout à fait normal que les pays voisins comme la République tchèque ou la Lituanie jouent un rôle plus actif. Ils ont aussi connu le communisme et ont rencontré des problèmes similaires il n'y a pas si longtemps.

La Pologne joue un rôle moteur. C'est un générateur d'idées pour régler le problème de la Biélorussie. La sécurité de la Pologne dépend de la sécurité chez nous. Pour la Pologne nous devons donc être indépendants et un bon partenaire.

Parmi vos nombreuses rencontres cette semaine, aucune n'était prévue avec la nouvelle chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton. Pourquoi ?

Nous sommes venu avant tout au Parlement européen car nous considérons que les résolutions qu'il adopte sont importantes. C'est au Parlement que les problèmes de notre pays sont pris en considération le plus souvent. Je demanderai une autre fois une rencontre avec Mme Ashton. Je souhaiterais lui expliquer la situation chez nous. Mais cette fois, ça n'était pas planifié.

Pensez-vous que les résultats des élections présidentielles en Ukraine et la victoire de Victor Ianoukovitch peuvent avoir un impact négatif sur les mouvements d'opposition au Bélarus ?

Je ne crois pas que la politique du gouvernement d'aujourd'hui changera les choix géopolitiques de l'Ukraine. L'Ukraine sera un petit indépendant qui se tournera vers l'Europe en conservant de bonnes relations avec la Russie.

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