Špidla: ‘Social innovation’ needed to restart economy

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Squeezed by the economic crisis, Europe’s labour markets can find new dynamism through social innovation, said Vladimir Špidla, EU commissioner for employment, social affairs and equal opportunities, in an exclusive interview with EURACTIV.

Vladimir Špidla is the EU’s commissioner for employment, social affairs and equal opportunities.


He  was speaking to Daniela Vincenti-Mitchener.

To read a shortened version of this interview, please click here.

Vous arrivez à la fin de votre mandat : cinq années en tant que Commissaire chargé de l’emploi, des affaires sociales et de l’égalité des chances. Quel est votre bilan personnel ? 

Ce n’est pas à moi de tirer un bilan mais si je me penche sur ces cinq années, nous avons incontestablement progressé dans le domaine social. Nous avons lancé l’idée du vieillissement démographique, nous avons préparé le fond de globalisation, nous avons conclu plusieurs directives qui étaient restées gelées pendant des années. Nous avons aussi progressé dans le domaine de la santé/sécurité. Et dans tous ces domaines les progrès sont loin d’être marginaux. 

Il y a aussi la directive sur le temps de travail qui n’a pas abouti… 

Oui c’est vrai, mais nous avons achevé la directive sur le travail intérimaire après au moins dix ans de blocage. La directive sur les comités d’entreprises a aussi progressé, tout comme la directive santé/sécurité. 

Nous avons aussi progressé dans le domaine de la conciliation vie familiale/vie professionnelle. Cependant, il est vrai que nous n’avons pas achevé ni la directive sur la portabilité des retraites, ni celle sur le temps de travail. 

Mais le bilan global est plutôt positif. Nous avons également relancé le dialogue social européen avec la directive sur les conditions de travail des marins. C’est un progrès considérable au niveau mondial. 

Nous avons par ailleurs lancé la directive sur le travail décent. Tout cela n’aurait pas été possible sans nous. Nous avons également obtenu une convention des Nations unies pour les personnes handicapées. Nous avons lancé une nouvelle directive sur la non discrimination… 

Concernant ces deux directives – retraites et temps de travail –, comment pensez-vous que l’on puisse sortir de l’impasse ? 

C’est une question ouverte. Nous avons établi des bilans, nous allons discuter à nouveau avec les partenaires sociaux car selon moi il faut trouver un consensus à la base chez les partenaires sociaux pour ensuite créer une position politique solide. 

Nous allons lancer une première phase de consultation avec les partenaires sociaux dans les semaines qui viennent. 

Vous avez commencé votre mandat en pensant « mondialisation » et « vieillissement de la population ». Mais la crise économique a balayé ces priorités. Comment pensez-vous que cette crise va nous permettre de mieux adapter nos marchés du travail et de réorganiser nos sociétés sur le long terme ? 

Quand on parle de long terme il faut penser à un génération au moins. Cette crise est structurelle, elle va changer les structures de l’économie et de la production, elle va poser les questions ‘qu’est-ce que le progrès, le profit ? Le profit est-il toujours bon ?’. Ca va prendre beaucoup de temps. 

Mais mes idées de base – le changement démographique et la mondialisation – sont restées. C’est d’ailleurs sur ces idées que nous avons fondé le concept de flexicurité. 

Ce concept part du constat que la société moderne est en transformation permanente et que les anciennes méthodes ne sont pas assez efficaces. Il faut donc les changer. 

Cette crise est un signe des changements profonds. Il y a une augmentation massive des demandeurs d’emploi et 2010 va certainement constituer un record. Certains reprochent l’excès de flexibilité et le manque de sécurité… 

Qu’est-ce que la flexicurité ? Pour la première fois nous avons mis la sécurité au même niveau que la flexibilité. Puisque la flexibilité est imposée, il faut construire une nouvelle sécurité. 

Sans flexibilité les gens actuellement sans emploi ne pourront jamais revenir à l’emploi. Un soutien personnel, des requalifications, de nouveaux emplois, la non discrimination, une politique active ou encore le dialogue social sont nécessaires pour sortir de la crise et ouvrir aux chômeurs une chance réelle d’obtenir un emploi de qualité. 

A cause des déficits budgétaires importants, ne croyez-vous pas que cette pression va mettre en danger le concept de flexicurité ? 

Non car c’est un concept intellectuel qui utilise les moyens à disposition. Croyez-vous que l’Europe peut faire plus, par exemple à travers un fond de globalisation plus important ou à travers un fond social européen modifié ? 

Non, le fond social européen (FSE) est efficace. Notre concept de réponse à la crise est de maintenir les gens au travail et de soutenir ceux qui ont perdu leur emploi. 

Si besoin est, nous ouvrirons le fond de globalisation mais pour l’instant nous n’avons pas besoin de moyens supplémentaires. Le fond travaille avec des volumes de plus en plus importants mais nous n’avons pas encore atteint ses limites. Pour assurer la liquidité de certains Etats membres qui rencontrent des difficultés à utiliser le FSE, nous avons proposé de financer à 100% des projets. 

La tenue d’un nouveau round de paiements avancés (advanced paiements) est également en discussion au Conseil pour s’assurer que les Etats membres qui ont des difficultés à avoir accès au FSE puissent en bénéficier. 

La stratégie de Lisbonne a été un précurseur pour faire des changements de long terme mais aucun Etat membre, sauf peut-etre les pays scandinave, n’a atteint les objectifs escomptés. Il y a qui dit que la stratégie est un échec …

Dans le cadre de Lisbonne, dans le cadre de la politique sociale européenne et dans le cadre de la méthode ouverte de coordination renforcée, les meilleurs résultats concernent l’emploi des femmes et des personnes âgées. Sans crise les objectifs de 2010 auraient été atteins. 

En moyenne l’emploi des femmes atteignait 59% avant la crise, alors que l’objectif était de 60%. Nous avons donc enregistré des progrès incontestables. 

Oui, nous avons vu des progrès, mais la présidence elle-même trouve que la stratégie de Lisbonne a été un échec. Non la stratégie de Lisbonne n’a pas été un échec. 

Personne ne pense qu’il faut l’abandonner car il n’y a pas de meilleur concept que ce triangle équilibré entre social, économie et écologie. 

La stratégie de Lisbonne ne constitue pas un succès total mais ça n’est pas un échec. Le principal problème rencontré était un problème de gouvernance. 

Cette stratégie est copiée partout dans le monde, en Chine, au Japon… De quel problème de gouvernance parlez-vous ? Cette stratégie se compose d’une partie communautaire et d’une partie intergouvernementale. 

Jusqu’à présent nous n’avons pas trouvé de méthode efficace dans cette seconde partie. La méthode ouverte de coordination a engendré des progrès mais de manière générale la gouvernance n’a pas été assez efficace. 

Comment pourrait-on la rendre plus efficace ? 

Nous devons par exemple fixer des objectifs mieux déterminés comme la lutte contre la pauvreté dans le domaine social ou préparer des indicateurs plus précis qui permettent de comparer les pays. 

Qu’est-ce qui doit être changé et qu’est-ce qui doit être conservé dans la stratégie de Lisbonne post 2010 ? M. Barroso semble vouloir une Europe plus sociale pour la prochaine Commission. Qu’est ce que ça signifie ? 

Le changement d’équilibre dans la stratégie de Lisbonne doit aller vers le social car nous avons besoin de beaucoup d’innovation. 

Sans innovation sociale nous ne pouvons penser à aucune innovation technique. Le volet social doit être renforcé. 

Notre source la plus importante est notre capital humain. Toute doit se concentrer vers le développement du capital humain : la formation tout au long de la vie, la non discrimination, l’accompagnement des changements structurels ou le dialogue social transfrontalier doivent être des priorités. 

Selon vous le président Barroso a donné une priorité à l’économie en 2005 et la crise fait que la prochaine stratégie doit renforcer l’aspect social… L’économie en général fait partie du social. Elle n’est pas naturelle. C’est une affaire humaine. Tout comme la flexicurité. 

La flexicurité était une nouveauté. Avant on a toujours parlé de flexibilité. Nous avons dit que la sécurité doit être au même niveau. C’est un changement social réel. 

Une question un peu idéologique : est-ce que le capitalisme est en crise ? 

Je n’aime pas les questions idéologiques. Notre objectif est toujours que le monde ne s’arrête pas. Les changements technologiques ou écologiques seront suivis par des changements sociaux. 

Notre concept est que la question sociale est aussi une question sociétale. Nous devons assurer que les changements soient toujours socialement acceptables, qu’ils développent toujours la ligne humaniste. 

C’est le concept de l’Europe et c’est le noyau dur du concept de flexicurité. 

À la fin du XIXe siècle, la moitié de la population travaillait dans l’agriculture. Aujourd’hui, c’est plus ou moins 4%. Cette transformation n’a pas été accompagnée de mesures sociales. Conséquence : la guerre. Sans le développement d’un système social en Europe nous aurions été au milieu des années 30 avec des conflits entre les Etats, les groupes sociaux… 

Une partie de la stratégie post-Lisbonne doit assurer que toute la transition vers l’énergie verte soit bien accompagnée sur le plan social. 

Si l’on crée 4,5 millions de nouveaux emplois, cela signifie que l’on va en détruire à peu près autant. 

Comment bien gérer cette transition ? 

Cela peut prendre au moins dix ans. Il faut garantir une situation acceptable et solide pour les gens qui vont perdre des emplois. Plusieurs idées circulent sur la réorganisation des portefeuilles au sein de la nouvelle Commission. 

Certains poussent pour la création d’un Commissaire aux droits fondamentaux. Quel impact cela peut-il avoir sur le dossier anti-discrimination ? La question des droits fondamentaux pose un problème fondamental : la plupart des problèmes de discrimination se rencontrent dans le domaine social. 

Ainsi, bien différencier les portefeuilles des droits sociaux et des droits fondamentaux sera compliqué. 

A votre avis, les portefeuilles sont-ils bien organisés pour les cinq ans à venir ou faudra-t-il des aménagements ? 

C’est une question à poser au Président de la Commission européenne. Si vous avez un gouvernement national et certains objectifs pour l’avenir, il faut aussi réorganiser la structure du gouvernement. 

La question écologique avec la transition vers une économie peu énergétivore – particulièrement pour l’énergie en provenance du charbon –, la question des droits de l’homme et de la citoyenneté européenne, la question du marché de travail européen avec la portabilité des droits ou la question de la santé-sécurité transfrontalière et la migration seront incontestablement des enjeux des cinq prochaines années. 

Ainsi, certains aménagements de portefeuilles seront certainement nécessaires. 

Selon moi l’élargissement est un succès de cette Commission cinq ans après. Pour chaque problème la question anciens/nouveaux Etats membres ne se pose plus. Pour telle ou telle question, la France et la Hongrie par exemple sont dans un groupe et l’Angleterre et la République tchèque dans un autre. 

Les députés européens ont introduit en novembre dernier une résolution visant à réformer le système de sécurité sociale européen. Croyez vous que l’on puisse trouver une réponse commune pour réformer le système de sécurité sociale actuel alors que certains Etats sont tentés de favoriser les départs en retraite anticipés ? 

Sur le plan stratégique, la Commission défend l’idée que la protection sociale fait partie de notre compétitivité. Il ne faut donc pas l’affaiblir. 

Sur le plan technique cela pose beaucoup de questions car il faut assurer la soutenabilité sur le plan de l’efficacité sociale. Elle peut être obtenue en diminuant de moitié les retraites mais cela ne va pas avec l’idée d’efficacité sociale. Il faut augmenter la portabilité pour assurer la sécurité dans le mouvement. C’est un exemple typique de flexicurité. 

Les retraites anticipées ne sont pas un bon choix pour plusieurs raisons : elles n’ouvrent pas de postes de travail. Les pays qui ont un faible taux de retraites anticipées ont une participation assez forte sur le marché du travail. 

Au contraire, les pays qui ont beaucoup de forces de travail passives ont aussi un chômage assez fort. Le travail est un phénomène dynamique. Ca n’est pas un gâteau que l’on peut couper en tranches mais c’est une cuisine qui fait un gâteau plus grand. Ainsi, l’augmentation des forces de travail engendre une augmentation des capacités de travail. 

Croyez vous que la carte bleue européenne telle qu’elle a été proposée va rendre l’Europe plus attrayante ? 

De nombreux chefs d’entreprises ne parviennent pas à trouver du personnel compétent. C’était l’objectif et je pense que cela va marcher. 

Mais il faut attendre au moins cinq ans pour la carte bleue européenne rend l’Europe plus attrayante. L’idée était de rendre l’Europe plus attractive pour les gens qualifiés sans provoquer de fuite des cerveaux et ainsi de créer une migration circulaire. La maîtrise des migrations était donc l’un des objectifs. 

Dans le domaine social, il est courant de dire que la Commission se cache derrière la subsidiarité : l’Europe ne peut rien faire car ce sont les Etats Membres qui ne veulent pas avancer. 
La Commission n’est-elle pourtant pas le moteur ? 

La Commission est le moteur. Les enjeux de la carte bleue, de la politique migratoire ou du vieillissement démographique montrent que la Commission est active. 

Nous avons pris des initiatives ambitieuses. Nous avons utilisé pleinement les capacités mises à notre disposition. Concernant le problème écologique, personne ne pense qu’il ne peut concerner qu’un seul Etat membre. 

C’est une question commune. En revanche, pour ce qui est des questions sociales, elles sont tellement ancrées dans les pensées des Etats membres que presque personne ne pense qu’il faut renforcer le niveau européen. 

Croyez-vous justement qu’il faille renforcer le niveau européen ? 

Il faut renforcer le niveau européen là où l’Europe a une valeur ajoutée. 

Cette valeur ajoutée se trouve dans le marché du travail européen en assurant la portabilité pleine et entière, pour tout le monde, dans le domaine social et dans le domaine de la santé. 

2010 sera l’année de lutte contre la pauvreté car dans ce domaine toutes les stratégies ont effectivement échoué. 

Imaginez que nous sommes en 2020. Où en sera l’UE ? Quels seront les grands sujets dont vous serez fier ? 

L’UE aura une position plus claire et plus forte dans le concert mondial dans certains domaines comme le modèle social ou le sur le plan écologique. 

Je ne sais pas où seront les frontières de l’Europe mais j’espère qu’elle sera encore clairement élargie et que sa gouvernance sera plus efficace grâce au traité de Lisbonne. 

En 2020 je pense que le marché du travail sera déjà achevé avec la portabilité complète et une migration bien maîtrisée. J’espère que le taux de pauvreté sera d’environ 8% car il y a des pays où c’est déjà le cas. 

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