Europe must go to ‘nature’ school

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After the failure of the Lisbon Agenda and in anticipation of 'Europe 2020', the EU must draft a new civilisation project that respects the environment and future generations, leading Europe towards a new industrial revolution capable of giving birth to a "natural" capitalism, writes Laurent Ledoux, director of Philosophie & Management and a senior executive in a major bank.

Laurent Ledoux is director of Philosophie & Management and a senior executive in a major bank.

"Au printemps 2000, 15 chefs d'États proposèrent une stratégie à long terme qui devait permettre àl'Europe de devenir « le continent le plus performant dans l'économie de la connaissance ». Trop optimiste, avec trop de priorités et un suivi irrégulier, la stratégie dite de Lisbonne devint vite velléitaire tandis que les fondamentaux de la stabilité de l'Euro furent ignorés de façon cavalière. Seuls certains pays investirent dans l'économie de la connaissance : les nordiques, principalement, et ils s'en portent bien mieux, merci pour eux.

A l'heure des bilans, il apparaît clairement que la faiblesse de Lisbonne ne résidait pas tant dans ses objectifs que dans une surestimation de la capacité des entreprises et sociétés européennes à produire cette connaissance, ainsi que celle de la société européenne à changer et à innover.

Aujourd'hui, une décennie plus tard, l'Europe élargit pourtant ses ambitions pour 2020 : elle continue à se voir plus « intelligente », mais se voit en outre plus inclusive et plus « verte ».

L'Europe ne manque pas d'atouts pour réussir, avant d'autres continents, la transition vers une société plus pauvre en carbone: elle semble avoir les technologies nécessaires (comme les technologies de réseau ou de génération d'énergie), des fonds pour les développer et un nombre croissant de citoyens disposés à voir dans la nature une source d'inspiration.

Ainsi, l'objectif de la stratégie Europe 2020semble de plus en plus validé politiquement aux niveaux nationaux : au printemps 2011, les électeurs Allemands et Italiens ont semblé indiquer, respectivement, vouloir sortir du nucléaire et en rester libres; plus récemment, la candidate française de la gauche a annoncé vouloir également sortir du nucléaire.

L'objectif d'une « croissance verte et naturelle » de la stratégie 2020 a-t-il donc des chances d'être atteint ? On peut en douter. Et ce, pour des raisons assez semblables à celles qui expliquent l'échec de la stratégie de Lisbonne : en gros, ne pas avoir suffisamment tirés les conséquences des objectifs poursuivis et influencé en conséquence les « structures sociales », c'est-à-dire les institutions, normes et autres dispositifs sociaux qui contribuent à orienter et réguler les conduites individuelles, des entreprises ou des citoyens.

Car il faut le dire clairement : il n'existe pas de solution purement technique aux problèmes écologiques. L'idée que l'on pourrait s'en sortir en injectant des technologies « propres » dans un modèle de développement foncièrement destructeur ne tient pas la route.

Il ne suffira pas de verdir la croissance pour la rendre durable. Produire autrement ne dispensera pas de consommer et de vivre autrement. Et cela demande de repenser, en profondeur, la cohérence de nos raisons d'agir. Pour ce faire, nous pensons, à l'instar de penseurs tel le socio-économiste Bernard Perret, qu'il nous faut dépasser la raison économique actuelle, incapable de valoriser adéquatement le futur : il nous faut adopter une raison plus consciente de ses devoirs envers les générations futures et plus modeste face à la nature. En bref, une raison « écologique ».

Or, changer de rationalité ou de raison, passer de l'Homo Oeconomicus à l'Homo viabilis, l'homme viable ou, mieux, « celui qui trace un chemin », selon l'expression de Michel Griffon, n'est pas l'affaire d'individus isolés. Cela nécessite un cadre social, des phares et des balises qui montrent à chaque instant le chemin à suivre. Et cela doit se traduire en politiques qui relèvent de différents registres :éthique, institutionnel, organisationnel, cognitif, informationnel et technique.

Dans son livre remarquable, « Pour une raison écologique », Bernard Perret, détaille les politiques qui doivent faciliter la transition :

1.       Instituer les droits des générations futures (en créant de nouvelles instances permettant de faire valoir les droits de l'avenir dans le débat démocratique, par exemple de nouvelles assemblées chargées de traduire et d'interpréter politiquement aux niveaux nationaux et européen les connaissances internationalement acquises quant aux limites et ressources de la planète) ;

2.       S'engager dans la voie la voie de la démarchandisation (entre autres, en stimulant l'économie de la fonctionnalité, découplant l'amélioration du bien-être et la consommation de ressources non renouvelables et en instaurant une nouvelle gouvernance des biens, à savoir le redéploiement de la fonction politique dans des dispositifs de gestion collective de biens communs à différentes échelles) ;

3.       Mesurer autrement et mieux le bien-être et nos interactions avec la planète (entre autres en instituant les nouveaux indicateurs de bien-être pour asseoir leur légitimité et en donnant un statut officiel au calcul de l'empreinte écologique) ;

4.       Last but not least, se mettre à l'école de la nature (entre autres en veillant à mieux imiter et utiliser l'ingéniosité de la nature que ce soit dans le design industriel et organisationnel, le maintien de la diversité, le recyclage ou l'utilisation efficace des ressources rares).

Notons que cette mise à l'école de la nature ne devrait pas être le seul fait des entreprises privées. Ainsi, au sein des institutions européennes par exemple, des réflexions similaires pourraient permettre de nous interroger utilement, entre autres, sur les façons de poursuivre l'intégration européenne.

Ne devrions-nous pas veiller à ce qu'elle se développe de façon plus organique et familiale, et non comme un état traditionnel ; avec des greffes qui prennent et d'autres non, des gènes constitutionnels qui s'expriment et d'autres pas ?

La réflexion sur la nature et ses enseignements pourrait nous aider également (au-delà de mieux articuler la dimension environnementale de la stratégie 2020), à orienter le futur programme de recherche Horizon 2020, à revoir les réglementations qui touchent le CSR (Corporate Social Responsibility) ou même, à repenser la gestion des Directions Générales de la Commission Européenne.

Or, ces « politiques », et en particulier celles regroupées sous le motto, « Se mettre à l'école de la nature », nécessitent un changement radical de notre façon de penser notre relation à la nature.

En effet, après avoir voulu la dominer pendant plusieurs siècles, nous prenons enfin conscience qu'une certaine humilité à son égard est nécessaire : d'une part, notre survie dépend plus d'elle qu'elle ne dépend de nous ; d'autre part, plus positivement, par ce qu'elle constitue une source de connaissances pratiques dont nous commençons tout juste à mesurer l'importance.

Et cette humilité retrouvée face à la nature est probablement la condition essentielle et première pour nous permettre de passer, comme le souhaitent Hawken et Lovins, à un capitalisme « naturel », qui pourrait être le signal-même d'une nouvelle révolution industrielle, compatible avec la finitude de la terre sur laquelle nous vivons.

Par deux fois au moins dans son histoire, l'Europe a été le berceau de révolutions scientifiques et philosophiques dans notre relation à la nature qui ont transformé le monde.

Alors, jamais deux sans trois ? Aujourd'hui, l'Europe s'est dotée d'institutions et d'instruments inédits dans l'histoire de l'humanité. Elle a aussi acquis, même si trop souvent au travers de mésaventure tragiques, une capacité réflexive sur sa culture et celles d'autres régions du monde.

Si, avec ce bagage, l'Europe se décide réellement à se (re)mettre à l'école de la nature et à en tirer les conséquences, elle peut stimuler une nouvelle « renaissance » européenne capable, à la suite des découvertes scientifiques du dernier siècle, et esquisser et mettre en œuvre pratiquement un nouveau projet de civilisation, respectueux de notre environnement et des générations futures. C'est un projet à la fois ambitieux et humble. Vital."

Pour plus d'info sur la conférence inaugurale (27/09) et le cycle de séminaires de l'asbl Philo & Management qui abordera les thèmes développés dans cet article, cliquez ici

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