Eurogas: New Commission receptive to natural gas potential

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The European Commission is today much more receptive to the potential of natural gas as a climate-friendly and cheap energy source, said Jean-François Cirelli, president of Eurogas and vice-chairman of GDF-Suez, in an exclusive interview with EURACTIV.

Jean-François Cirelli delivered a keynote speech on the theme 'Natural gas to 2020 and beyond' at the Eurogas annual conference conference held in Brussels on 9 December.

He was speaking to Georgi Gotev, EURACTIV's senior editor. The interview is in French.

M. Cirelli, vos messages sur l’importance qu’il faut accorder au secteur du gaz ont été bien accueillis par les Verts. Est-ce un partenariat stratégique entre le secteur du gaz et les écologistes qui est en train de se former ?

Je ne sais pas si c’est un partenariat stratégique mais c’est très important pour nous de faire passer le message à toutes les parties de la société, y compris le parti Vert, que selon nous le gaz est pour l’Europe une solution d’avenir, et pas du passé.

Et c’est d’autant plus une solution d’avenir qu’aujourd’hui notre continent se donne des objectifs de réduction du CO2 extrêmement ambitieux – peut être les plus ambitieux du monde d’ailleurs – et que si nous voulons y parvenir, c'est-à-dire ne pas décevoir nos opinions publiques, nos électeurs Européens. Et en même temps le faire d’une façon qui ne soit pas ruineuse pour, soit les budgets publics, soit en augmentant trop le prix de l’énergie, qui est quand même une préoccupation importante des consommateurs européens.

Eh bien, il faut à la fois faire du renouvelable, mais il faut également beaucoup de gaz. Et ce message, que nous essayons de propager et de diffuser, est un message qui rencontre en effet le même écho auprès de beaucoup de Verts en Europe aujourd’hui parce que c’est la bonne solution pour l’Europe.

Donc les Verts se mettent au bleu, la couleur du gaz ?

Comme nous l’avons dit ce matin, nous pensons que nous sommes le partenaire idéal entre les nouvelles sources d’énergie renouvelable qui se sont développées ces dix dernières années et les anciennes. Et parmi les énergies d’hier, le gaz sera la seule qui sera aussi l’énergie de demain.

Mais le nucléaire semble vivre sa petite renaissance. On note des ambitions certaines, de la part de la Russie notamment, qui est en train de construire des centrales capables d’approvisionner l’Union européenne en électricité. Le nucléaire devient-il votre principal concurrent ?

Non, je crois qu’on ne boxe pas dans la même catégorie. C’est vrai qu’il y a une certaine renaissance du nucléaire, mais beaucoup plus en dehors de l’Europe. En Europe, il y aura toujours des pays où l’acceptabilité sera un sujet difficile. Le sentiment c'est que le nucléaire fera partie de la solution de demain, c'est-à-dire que c’est une énergie qui n’émet pas de CO2, mais c’est une énergie qui nécessite des investissements extrêmement lourds et qui est une énergie qui ne peut fonctionner qu’en base parce qu’elle est très peu flexible. Et donc, elle se couple plus difficilement avec un grand développement des énergies renouvelables.

Donc, du nucléaire, il y en aura dans l’avenir, ça c’est certain, mais aujourd’hui nous avons aussi besoin d’avoir le fuel – le bon fuel, la bonne énergie qui peut aller avec les nouvelles énergies qui ont un seul gros problème, c’est qu’elles sont intermittentes. Et donc, quand elles ne fonctionnent pas, il faut que quelqu’un d’autre prenne leur place car on ne peut pas dire à nos consommateurs, quand il y a du vent ou du soleil, vous avez de l’électricité, et quand il n’y en a pas, vous n’en avez pas. Et le meilleur fuel pour justement être là quand les renouvelables ne fonctionnent pas, c’est le gaz.

Donc nous ne nous sentons pas concurrents du nucléaire, nous sommes plutôt complémentaires. Nous avons à la fois devant nous des ressources qui maintenant deviennent de plus en plus importantes avec le gaz dit « non conventionnel ». On pensait qu’on avait 60 ans de gaz devant nous et aujourd’hui nous pensons que nous avons 250 ans de gaz devant nous donc cela nous donne quand même des perspectives totalement différentes.

Mais en ce qui concerne le gaz « non conventionnel », il y a quand même des doutes sur les aspects écologiques. Je me demande ce que vos amis Verts pensent de cela. Bien sur les technologies évoluent mais il semble que, de l’expérience des Etats-Unis, cette industrie nuit à la nappe phréatique…

Alors, c’est un sujet, en effet, très sérieux sur les aspects environnementaux du gaz « non conventionnel ». Je pense que l’industrie gazière saura démontrer très clairement que ces préoccupations environnementales sont prises en compte et sont réglées. Notamment et en particulier du fait que de plus en plus maintenant, ceux qui sont les promoteurs, ou du moins les exploitants, sont des grandes compagnies habituées à des standards environnementaux extrêmement élevés.

Il est clair que le problème des nappes phréatiques est un problème que l’on rencontre pour tous les forages, puisque le gaz « non conventionnel » se trouve à 1000, 2000, 3000 mètres en dessous des nappes phréatiques. Donc le problème n’est pas la traversée des nappes phréatiques, le problème est éventuellement les remontées dans les puits qui pourraient venir endommager les nappes phréatiques.

Mais aujourd’hui les technologies existantes permettent de considérer que ce risque – si les choses sont bien faites – n'en est pas un. Il y a parfois une campagne sur les aspects non environnementaux du gaz non conventionnel ; je pense que l’on a devant nous des industries responsables qui auront à cœur de démontrer que tout ça est pris en compte et en tout cas extrêmement sérieusement encadré, limité, pour que l’on puisse démontrer que le produit n’est pas un produit difficile pour l’environnement. Mais nous avons des concurrents, nous avons des lobbys concurrents qui essaient de faire passer ce message.

Vous dites « on sait le faire », mais est ce que ce ne sont pas plutôt les américains qui savent le faire ? Est-ce que l’Europe maîtrise ces technologies ?

L’Europe a ces technologies, oui, elle les aura, oui, ça, sans problèmes, parce qu’aujourd’hui, les grandes compagnies européennes, sont et deviennent – ils sont venus un peu après les américains – mais deviennent des partenaires du gaz non conventionnel aux Etats-Unis – Statoil, Shell, Total, BP. Ces compagnies ont aussi acquis cette nouvelle technologie de forage et donc moi, je suis très confiant en la capacité qu’ils auront de démontrer que l’on ne prend pas plus de risques environnementaux avec le gaz non conventionnel qu’avec le gaz conventionnel.

On a un peu le sentiment que le nouveau commissaire pour l’énergie M. Günther Oettinger est plus « ami » du gaz que son prédécesseur, M. Andris Piebalgs. Est ce que vous partagez ce sentiment ? Il semble que la nouvelle stratégie européenne « Energie 2020 » vous a satisfait.

Non, je n’irais pas jusqu’à dire cela, parce que nous avons toujours eu de très très bonnes relations avec le commissaire Piebalgs, qui, peut être du fait de sa nationalité Lettonne, avait une vision très claire du marché gazier. Il s’est beaucoup investi sur les sujets gaziers, il a eu à gérer une crise extrêmement difficile entre l’Ukraine et la Russie – et nous avons d’ailleurs extraordinairement bien coopéré à cette époque. Et je crois que le nouveau commissaire est en train de faire sa propre évaluation de la situation énergétique.

L’énergie est devenu un secteur extrêmement compliqué avec énormément de problèmes par rapport à ce qu’il était il y a une dizaine d’années. C’est le rôle de l’association et de ses membres d’essayer de faire comprendre à la Commission – et nous avons, je crois, fait le premier pas, qui est la reconnaissance dans la stratégie « Energie 2020 » que vient de sortir la Commission – de l’importance du rôle du gaz dans l’avenir.

Et c’est important pour nous parce que encore une fois on a parfois trop facilement le sentiment que les décideurs politiques mettent le gaz, ou tentent de mettre le gaz dans leurs esprits sur une énergie du passé alors qu’il faudrait regarder l’avenir. Et nous ce que nous disons, encore une fois, c’est que l’avenir, c’est le gaz. Et ce discours là, qui est un discours que l’industrie ne peut pas porter seule, parce qu’on est soupçonné de défendre uniquement notre produit pour des raisons, je dirais, bassement commerciales mais cette idée est en train aujourd’hui de se dépasser le domaine de l’industrie, vous l’avez dit tout à l’heure, les Verts défendent un peu la même thèse, et la Commission est aujourd’hui je crois beaucoup plus réceptive à ce que nous disons sur ce sujet que ce qu’elle pouvait penser il y a encore deux trois ans. Donc pour nous c’est un premier succès, sur lequel nous voulons continuer à bâtir.

Faut-il craindre la Russie en ce qui concerne l’approvisionnement en énergie ? La Russie a-t-elle un agenda politique ? Le paradoxe est que pendant l’époque communiste, l’Europe occidentale recevait déjà du gaz russe, mais je ne me souviens pas de telles craintes comme celles qui existent maintenant…

C’est vrai que nous avons vécu un épisode extrêmement douloureux pour les Européens, de la crise russo-ukrainienne. Les Européens ont le sentiment qu’ils n’étaient pour rien dans cette affaire mais qu’ils en étaient punis puisque on a coupé le gaz. D’une manière générale, je crois qu’aujourd’hui on a exagéré un peu trop les questions des dépendances de l’Europe vis-à-vis du gaz. Il faut remettre ceci à son juste niveau.

L’Europe n’a pas beaucoup de gaz, sa production diminue, nous verrons si elle peut, dans l’avenir, et je crois que c’est aussi une bonne nouvelle pour les Européens de développer du gaz non conventionnel en Europe. Ce n’est pas pour tout de suite, mais je crois que ça peut venir et que ce sera aussi un élément important de son futur énergétique.

Quant à la Russie, je suis toujours assez étonné qu’on nous parle très souvent de notre dépendance vis-à-vis du gaz russe alors que l’Europe importe moins de gaz russe en proportion, que de pétrole russe, par exemple. On ne se pose jamais la question, en Europe, d’où vient notre pétrole. Pourquoi on ne se pose pas la question « d’où vient le pétrole ? » alors qu’on se la pose pour le gaz ?

C’est plutôt simple, on peut faire venir des tankers de pétrole plus facilement que lorsque un pipeline ne fonctionne plus.

Alors, si c’est ça la raison, et bien justement le gaz est en train de faire évolution, puisqu’aujourd’hui – ce qu’on a vu dans les dix ou les cinq dernières années – c’est une croissance très forte du GNL, du gaz liquéfié, avec des installations, des terminaux de GNL un peu partout en Europe.

Mais il y a des pays qui n’en ont pas.

Il y a des pays qui n’en ont pas, c’est vrai, mais en même temps, nous avons aujourd’hui une politique depuis la crise russo-ukrainienne de permettre que le gaz qui venait d’Europe de l’Est, qui coulait, si je puis dire, de l’Est vers l’Ouest et toute l’infrastructure avait été créée pour que le gaz vienne de l’Est vers l’Ouest puisse fonctionner de l’Ouest vers l’Est.

Et notamment dans un règlement récent sur la sécurité d’approvisionnement de l’Europe, nos pays se sont engagés à justement permettre cela avec les investissements nécessaires. Donc aujourd’hui je crois qu’avec le GNL nous avons au niveau européen une diversification beaucoup plus forte, nous avons par exemple un  nouveau partenaire de l’Europe qui n’existait pas il y a cinq ans et qui est devenu un acteur important de l’alimentation du gaz en Europe qui est le Qatar, mais le GNL permet de réduire cette dépendance vis-à-vis d’un certain nombre de pays et je crois qu’aujourd’hui on peut dire que l’approvisionnement de l’Europe est très bien assuré.

Vous êtes mieux placé que moi pour le dire, mais j’ai entendu des représentants du monde des affaires qui disent que ça coûte cher de renverser les flux de gaz.

Non, il y a quelques investissements à faire, c’est sur, il y a quelques gazoducs qu’il faut construire – par exemple entre la frontière hongroise et la frontière roumaine, il manque 50 km –, mais sinon il s'agit surtout d'avoir des compresseurs qui puissent marcher en sens inverse. Au niveau macro économique, ça représente quelques centaines de millions d’euros, donc tout cela est vraiment, vraiment très peu par rapport à ce qu’il faut faire quand on regarde les besoins d’investissement du secteur énergétique.

L’Europe a fait des choses remarquables dans plusieurs domaines, le téléphone portable par exemple où les tarifs ont baissé notamment pour le roaming. Est-ce que l’Europe est capable de faire la même chose pour le prix du gaz ?

Aujourd’hui ce que nous savons c’est que le gaz est abondant, le gaz est disponible, et le gaz n’est pas une énergie chère ni une énergie subventionnée. Et la préoccupation aujourd’hui de l’industrie gazière c’est de conserver ces avantages là parce qu’il est clair que la libéralisation du marché énergétique voulue par nos gouvernements et par la Commission européenne ne doit pas avoir comme conséquence une augmentation des prix de l’énergie.

Même si d’une manière générale nous pensons que les prix de l’énergie devraient être plutôt à la hausse à l’avenir, ne serait-ce qu'à cause des règlementations – le CO2, les éventuelles taxes carbone etc. – qui conduisent plutôt à  augmenter le prix.

Dans notre industrie, nous ne devons jamais oublier qu’il y a derrière tout ça des clients. Donc je crois là aussi que c’est un sujet sur lequel il faut être très attentif (peut être qu’on ne l’a pas été assez, collectivement, depuis quelques temps), de s’assurer que ce que l’on fait au niveau européen ne conduise pas, au nom de la concurrence, à augmenter sans cesse le prix de l’énergie. Et c’est en tout cas un sujet sur lequel l’industrie est extrêmement soucieuse.

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